Le lac Mjøsa

Le lac Mjøsa est le plus grand lac de Norvège. Il est situé dans la partie méridionale du pays, au Sud de la vallée de Gudbrandsdal, dans les comtés d’Innlandet et d’Akershus. D’une superficie de 369 km² et atteignant jusqu’à 453 m de profondeur, il s’étend sur près de 117 km de longueur et présente une largeur maximum de 15 km seulement. A sa surface, son élévation varie entre 119 et 122 m d’altitude, et son volume est évalué à 56 km³. Sa forme longiligne, qui lui vaut d’être comparé à un fjord, est due à ses origines géologiques. Il y a 10 000 ans, à la fin de la dernière ère glaciaire, la glace s’est retirée et a créé une vallée, ensuite envahie par l’eau. Il est ainsi alimenté par la rivière Lågen, son principal tributaire, descendant de la vallée de Gudbrandsdal, tandis que ses eaux s’écoulent ensuite dans la Vorma, laquelle rejoint plus loin le fleuve Glomma.

La partie Nord du lac, très étirée, est large en moyenne de 2 km. Au Sud, sa largeur varie entre 2 et 3 km. Seule sa partie centrale s’élargit suffisamment pour atteindre une dizaine de kilomètres d’une berge à l’autre. Enfin, en son milieu, emmerge l’île de Helgøya, grande de 18,3 km² et abritant 461 habitants. Elle est reliée au rivage, au niveau de la presqu’île de Nes, par le pont de Nessundet.

Carte du lac Mjøsa

De part et d’autre du lac, se situent ce qu’on appelle les Mjøsbygdene, soit les « villages du Mjøsa », considérés comme les terres agricoles les plus fertiles de Norvège. Elles s’étendent dans les régions de Hedmarken à l’Est et de Toten à l’Ouest. De plus, les eaux du lac sont très poissonneuses. On y recense vingt espèces, dont la truite, la perche, le brochet, le corégone blanc et le lavaret. Ces deux dernières espèces étant proches de la féra, un poisson des lacs alpestres très recherché. On peut aussi noter la présence du chabot, de la lamproie, de l’ombre, de la loche ou encore du gardon. La pêche est ainsi une activité très importante, tant pour l’économie locale que pour les pêcheurs amateurs.

Le lac étant sujet aux crues, il est régulé grâce à des barrages. C’est à la fin du printemps, quand la neige fondue dévalant des montagnes s’y déverse, que son niveau est le plus haut. Au cours des siècles précédents, plusieurs crues ont marqué la région, dont celle du 24 juillet 1789. Surnommée Storofsen, elle a ravagé de nombreux champs et forêts et causé la mort de milliers de personnes et d’animaux.

Rocher indiquant les crues du Mjøsa à Hamar

Dès les années 1950 et au cours des années 1960, la qualité de l’eau du lac Mjøsa était très mauvaise. Elle a ensuite connu, de 1975 à 1976, une grave intoxication aux cyanobactéries. Cette pollution était due aux rejets issus des habitations, des industries et des activités agricoles. A partir de 1973, des efforts ont alors été réalisés afin de retrouver une qualité satisfaisante, grâce notamment à la mise en service de stations d’assainissement et à la meilleure gestion du lisier. Ainsi, dès les années 1990, l’eau du lac est revenue à des taux de pollution suffisamment bas. Cependant, la nouvelle menace provient aujourd’hui des microplastiques qui s’y accumulent.

De plus, à cause du réchauffement climatique, la température moyenne du lac augmente. Les relevés ont permis de remarquer une élévation de 1,9°C depuis 1972. Cette hausse de la température a pour conséquence de favoriser le développement de bactéries et de certains polluants, ce qui a un impact non négligeable sur la faune et la flore du lac. Des analyses sont régulièrement faites pour en contrôler l’état.

Le lac Mjøsa à Gjøvik

Le lac a toujours été très important pour les populations vivant à proximité. Il est source d’eau potable et son rôle dans l’industrie hydroélectrique locale est majeur, puisqu’il sert de réservoir aux barrages construits en aval, sur le fleuve Glomma. Il est aussi une voie de communication entre les ports établis sur ses rives. Le premier bateau à vapeur en fonction était le Jernbarden, qui dès 1841, ralliait Lillehammer au Nord à Minnesund au Sud.

Puis, en 1854, le chemin de fer est arrivé à Eidsvoll et a rattaché le lac à Oslo. Les produits agricoles ont ainsi pu être plus facilement transportés jusqu’à à la capitale. En 1856, le bateau à aubes Skibladner a été mis en service et est encore aujourd’hui en activité. En même temps, le chemin de fer a continué à se développer et la première gare à Lillehammer a été ouverte en 1894.

Au début du XXe siècle, des lignes de ferries ont été ouvertes : le Mjøsferga connectant les communes de Gjøvik et de Ringsaker en 1923 et celui ralliant Hamar à Kapp en 1951. Mais le réseau routier s’étendant et rendant les traversées peu rentables, les deux lignes ont été fermées respectivement en 1985 et en 1970. L’inauguration en 1985 du Mjøsbrua, un pont de 1 421 m enjambant le lac entre Moelv et Biri, a définitivement relégué la navigation au rang de loisir. Ainsi, le Skibladner, dernier représentant de sa génération, est désormais un navire de plaisance, se contentant de croisières et d’événements privés.

Fête de mariage sur le Skibladner (Store norske leksikon)

Plusieurs villes et villages ont été bâtis sur les rives du lac Mjøsa, répartis entre huit communes et deux comtés. Les villes les plus importantes sont Lillehammer au Nord, Hamar à l’Est et Gjøvik à l’Ouest.

La plus célèbre, Lillehammer, est une petite ville d’un peu moins de 30 000 habitants. A deux heures de train d’Oslo, elle est facilement accessible depuis la capitale et est un point majeur sur la ligne ferroviaire Oslo-Trondheim. Situé dans le comté d’Innlandet (anciennement chef-lieu du comté d’Oppland), elle n’a longtemps été qu’un village avant de se développer grâce au commerce dès le XIXème siècle. Sa situation géographique, au Sud de la vallée de Gudbrandsdal et au Nord du lac Mjøsa, en a fait un axe important dans les échanges commerciaux intérieurs, mais aussi une force touristique. En effet, de nombreuses excursions partent de son centre et attirent aussi bien en été qu’en hiver les randonneurs et les skieurs.

Lillehammer est d’ailleurs un nom qui résonne fort aux oreilles des amateurs de sports d’hiver. Et pour cause, en 1994 ont eu lieu les Jeux Olympiques d’hiver, lesquels sont toujours considérés comme les plus beaux de l’histoire jamais organisés. C’est même sur ces mots que Juan Antonio Samaranch, alors président du comité international olympique, a conclu son discours lors de la cérémonie de clôture. Aujourd’hui, plus de trente ans après, en se baladant dans les rues de Lillehammer, on ne peut que constater l’omniprésence de la culture du ski, une identité affirmée à l’occasion des Jeux mais qui existait depuis déjà bien longtemps. Le blason de la commune en est une des preuves, puisqu’il représente un birkebeiner. En d’autres mots, c’est un soldat membre d’un corps d’armée à skis, qui doit son nom aux écorces de bouleau qui enveloppaient ses jambes et dont l’existence remonte au milieu du Moyen Âge. C’est un de leurs exploits qui a donné naissance à la Birkebeinerrennet, la course de ski de fond populaire la plus importante de Norvège. Cette dernière commémore le sauvetage en 1206 par deux soldats de l’enfant-roi Håkon IV, menacé par des rebelles, et qui l’ont emmené du village de Rena jusqu’à Lillehammer, où il serait en sécurité.

Marquée par l’héritage des Jeux, la ville abrite également le Musée Olympique, inauguré en 1997. Retraçant l’histoire de l’olympisme de l’Antiquité à nos jours en passant par leur renaissance grâce au baron Pierre de Coubertin, le musée célèbre les Jeux de 1994 ainsi que les héros du sport norvégien. On y retrouve une collection de plus de 7 000 objets, parmi lesquels des skis, des médailles ou bien des torches ayant porté la flamme olympique. Certains athlètes ont même fait don de leurs récompenses, comme le skieur alpin Kjetil André Aamodt, dont les huit médailles olympiques sont exposées.

Enfin, juste à côté du musée, à Maihaugen, il est possible de visiter des reconstitutions de maisons, de villages et de fermes typiques de la vallée de Gudbrandsdal. On y découvre la vie des paysans norvégiens telle qu’elle était jusqu’au XIXe siècle, au gré de spectacles vivants où les scènes de la vie quotidienne sont rejouées avec réalisme et authenticité. Guidés par des comédiens en costume d’époque, les visiteurs sont conviés à assister aux tâches auxquelles s’adonnaient régulièrement les villageois et les fermiers. Sans oublier l’église en bois debout de Garmo, laquelle fut érigée en 1150 sur la commune de Lom. Démontée puis revendue en 1882, elle a été reconstruite à partir de 1920 sur son emplacement actuel.

Lillehammer et le lac Mjøsa

Plus au Sud, sur la rive Est du lac Mjøsa, la ville de Hamar et ses 33 000 habitants est le chef-lieu du comté d’Innlandet, après avoir été celui du comté de Hedmark. Cité médiévale de grande importance à l’époque Viking, elle était un centre commercial d’envergure ainsi que le siège d’un des principaux évêchés de Norvège. Bastion catholique suite à la conversion des Vikings, celui-ci a adopté la Réforme protestante en 1537 mais a vu trente ans plus tard sa cathédrale détruite lors de la Guerre de Sept Ans (1563-1570) qui opposait le Danemark à la Suède. Ses ruines, qui sont toujours visibles aujourd’hui, sont protégées sous une seconde cathédrale de verre et accueillent de temps en temps des cérémonies religieuses mais aussi des concerts et des représentations théâtrales.

Dans le domaine sportif, la ville peut se vanter d’être la capitale norvégienne des sports de glace. En effet, de par sa culture du patinage, c’est à Hamar qu’ont été organisées les épreuves sur glace lors des Jeux Olympiques de Lillehammer en 1994. Construite pour l’occasion, la patinoire Vikingskipet, soit le « le Bateau Viking », est dotée d’un anneau de vitesse et doit son nom à sa forme de drakkar renversé. Elle accueille régulièrement des compétitions internationales de patinage de vitesse. Quant au hockey et aux autres disciplines, elles sont disputées à la CC Amfi, bâtiment en bois convertible en salle de concert ou bien de handball.

Hamar est aussi la ville de naissance de la grande cantatrice Kirsten Flagstad (1895-1962), connue des amateurs d’opéra pour ses interprétations mémorables du répertoire wagnérien. La maison natale de la soprano est désormais un musée dédié à son œuvre, où l’on y revit les grands moments de sa carrière. De plus, au musée en plein air du Hedmark, on trouve une reconstitution d’un village ancestral avec ses maisons en bois aux toitures végétalisées, ses fermes, ses étables et ses greniers sur pilotis (appelés stabbur).

Marina sur le lac Mjøsa à Hamar

Le centre-ville de Hamar

Enfin, sur la rive Ouest du lac, se trouve la ville de Gjøvik et ses 31 000 habitants. Bâtie entre le lac et la colline de Hovedtoppen, la cité est traversée par la rivière Hunnselva. Elle est le siège de deux entreprises renommées en Norvège : O. Mustad & Søn et Hunton. La première, à l’origine spécialisée dans les objets en fonte, peut avoir la prétention que presque tous les foyers norvégiens possèdent une de leurs lourdes poêles en cette matière thermorésistante. Aujourd’hui, la société confectionne des hameçons et autre matériel de pêche. Quant à Hunton, c’est une entreprise experte dans la fabrication de matériaux en fibre de bois.

En 1994, Gjøvik a également été de la partie lors de l’organisation des Jeux Olympiques à Lillehammer, puisqu’elle a accueilli des rencontres de hockey sur glace dans sa salle de sport de Fjellhall. Toujours dans le sport, la ville est le berceau de la marque de ski Madshus, fondée en 1906 par Martin Madshus. Sa gamme de ski de fond équipe parmi les meilleurs athlètes du monde, tandis que son principal atelier se situe dans le village de Biri depuis 1972.

Ici aussi, on peut visiter un musée en plein air à Eiktunet et découvrir des maisons et des bâtiments construits au cours des siècles précédents. Le musée, qui domine le lac Mjøsa, est un excellent lieu de promenade et de détente, à seulement quelques minutes en bus depuis le centre-ville. Comme ses homologues, il est garant de la préservation d’un patrimoine populaire et historique.

Le lac Mjøsa depuis Eiktunet à Gjøvik

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