Un Noël norvégien

Comme dans la plupart des pays du monde de tradition chrétienne, Noël est la fête la plus importante de l’année en Norvège. Il est depuis longtemps le fruit d’un syncrétisme entre la culture chrétienne et les traditions ancestrales issues de religions païennes. En fait, ce mélange religieux et populaire qui se rencontre partout ailleurs célèbre à la fois la naissance de Jésus et la famille. On y fête les enfants en leur offrant des cadeaux et se rassemble en famille pour vivre un moment de partage. On décore les maisons et les villes de lumières et de couleurs et habille les sapins de guirlandes et autres paillettes. Alors que l’hiver s’abat, un peu à la façon du kos, Noël réchauffe et illumine ce moment de l’année. Tout cela n’est en vérité pas très différent de ce que l’on fait en France. Cependant, il existe des particularités qui font du Noël norvégien un Noël unique.

D’abord, la période de l’Avent est celle des préparatifs. On fait bien sûr ses premiers achats et on commence à décorer son intérieur, mais on passe aussi du temps avec ses amis ou ses collègues de travail. Les entreprises, les associations et les particuliers organisent des banquets de Noël, ou « julebord », où toutes les spécialités sont réunies. Les restaurants proposent des menus typiques et attirent beaucoup de monde. Avec l’hiver et la neige qui font leur retour, les Norvégiens remettent leurs skis aux pieds et partent skier sur les pistes, souvent toutes proches des centre-villes.

Enfin, la fête de Noël à proprement parler débute toujours le 24 décembre à partir de 17 heures. C’est la veille de Noël, ou « julaften ». A ce moment-là, dès que les cloches des églises ont sonné, les gens se rassemblent, chez eux, en famille. Les boutiques et les restaurants ferment et les rues sont désertes. C’est l’occasion de se réunir et de partager le repas de Noël. Le lendemain, le 25 décembre marque le jour de Noël, nommé « jul » en norvégien. Ce n’est qu’au 26 décembre, jour également férié appelé le deuxième jour de Noël, que les gens sortent de nouveau et que les rues recommencent à s’animer, tandis que les magasins rouvrent leurs portes dès le 27 décembre. Jusqu’au réveillon du Nouvel An, les Norvégiens continuent les repas de famille, mais en profitent aussi pour échanger les cadeaux qu’ils ont reçus et qui ne leur auraient pas plu. D’ailleurs, cette période qui porte le nom de « romjul » compte chaque jour comme un jour supplémentaire de Noël. De ce fait, le 27 est le troisième jour de Noël, le 28 est le quatrième, et ainsi de suite jusqu’au 30 décembre.

De plus, le Père Noël prend une autre forme et un autre nom. Appelé « julenisse », littéralement « lutin de Noël », il est, dans son allure traditionnelle, un être de petite taille, généralement vêtu d’un grand manteau rouge, affublé d’une longue barbe blanche taillée en pointe et coiffé d’un bonnet pointu. Il fait partie des nombreux lutins du folklore scandinave dont le rôle est de protéger les maisons, les fermes et leurs occupants. D’ailleurs, il est avec Saint-Nicolas un des ancêtres du Père Noël moderne. Contrairement à notre tradition, il ne passe pas par la cheminée mais plutôt par une petite porte placée au bas d’un mur. Ainsi, afin d’avoir des cadeaux, les enfants disposent d’une porte miniature qu’ils ont fabriquée eux-mêmes ou que leurs parents ont achetée. Ils la positionnent ensuite directement à l’intérieur de la maison, sur un mur, juste au-dessus de la plinthe. Il faut alors rajouter une échelle ou un escalier pour que le julenisse puisse descendre, ainsi que quelques accessoires supplémentaires, comme une boîte aux lettres ou une lanterne. Pour l’attirer la nuit de Noël, il ne manque plus qu’à mettre à sa disposition une assiette de riz au lait, ou « risgrøt ».

Parmi les autres spécialités culinaires que les Norvégiens ont l’habitude de manger pour Noël, les biscuits ont largement la cote. S’il en existe plusieurs sortes (normalement sept), ce sont les « pepperkaker » qui sont les plus représentatifs de Noël. Confectionnés à base d’une recette très proche de celle du pain d’épice, ils ont diverses formes, comme des étoiles, des sapins, des animaux ou des bonhommes. Ils sont généralement décorés avec de la glace royale ainsi que des bonbons colorés, par exemple des smarties. Ils peuvent eux-mêmes servir de décoration et orner les branches du sapin, mais sont également connus pour être un matériel de construction. Enfants et adultes les assemblent les uns avec les autres pour former des maisons, lesquelles sont richement décorées et parfois garnies de friandises. Il suffit ensuite de les casser pour les déguster.

Ces célèbres maisons en pain d’épice sont honorées tous les ans à Bergen, où est construite la plus grande ville en pain d’épice au monde. Près de 2 000 bénévoles se rejoignent, issus des écoles et entreprises de Bergen, pour aider à la fabrication et la mis en place de centaines de maisons. Décorées de glace royale et de bonbons multicolores, elles sont éclairées et donnent vie à une véritable ville miniature, dans laquelle s’animent des personnages, des trains ou bien des grandes roues. La ville est ouverte à la visite de la mi-novembre jusqu’à la fin du mois de décembre et enchante à coup sûr petits et grands.

La plus grande ville en pain d’épice du monde

Pour les repas de Noël, les Norvégiens concoctent des plats plus élaborés que durant le reste de l’année. Par exemple, le travers de porc est considéré comme une viande de Noël. D’autres spécialités scandinaves ont les honneurs des consommateurs pour les fêtes, comme le « lutefisk » ou le « pinnekjøtt ». Préparé en avance, le « lutefisk » est de la morue séchée trempée dans de l’eau froide, puis macérée un temps dans une solution de soude (ou eau de chaux), avant d’être de nouveau baignée dans l’eau froide. Ayant ensuite une consistance proche de la gelée, le poisson prend une odeur et un goût assez fort et peut être cuisiné. Quant au « pinnekjøtt », ce mot désigne des côtes d’agneau, de mouton ou de chèvre salées et séchées. Pour accompagner tout cela, on a de la purée de pois cassés, des pommes de terre à la vapeur ou bien du chou bouilli.

Pour le dessert, en plus du riz au lait et des biscuits, les personnages en pâte d’amande sont très prisés. On mange aussi beaucoup de fruits secs (noix, noisettes et amandes), parfois grillés puis enrobés de chocolat ou de caramel. C’est également la saison de la bière de Noël, plus brune que d’habitude, et de l’aquavit, une eau-de-vie de pomme de terre aromatisée au cumin, à l’anis, à l’aneth, au fenouil et à la coriandre.

C’est aussi l’occasion d’arpenter les nombreux marchés de Noël qui fleurissent dans les villes et les villages. A Oslo, par exemple, il en existe plusieurs, dont celui de Spikersuppa, en plein centre-ville, ou bien celui du musée du folklore national, sur la presqu’île de Bygdøy. Au gré des cabanes des marchands et au milieu des animations, on découvre des objets artisanaux en tous genres et des spécialités culinaires typiques de Noël. On peut ainsi boire un verre de « gløgg », le vin chaud épicé purement scandinave. Sinon, on peut même faire des achats dans une « julehuset » (la maison de Noël), présente dans toutes les villes et ouverte toute l’année.

Quant aux sapins, ils sont dressés et décorés dans les salons des maisons et des appartements et sur les places des villes et des villages. D’après la tradition, c’est le 23 décembre que les familles habillent leur sapin de guirlandes lumineuses et de sujets de Noël, bien que la plupart des sapins que l’on trouve dans les rues soient déjà décorés depuis le début du mois. Mais il existe également une autre tradition, née en 1947. Ainsi, chaque mois de novembre, la ville d’Oslo offre à Londres un sapin issu de la forêt de Nordmarka, au Nord de la capitale norvégienne. Ce cadeau est un gage de reconnaissance du peuple norvégien envers la capitale britannique, laquelle a été le refuge du roi Haakon VII durant la seconde guerre mondiale. Lorsque le pays était occupé par l’Allemagne nazie, la Résistance a alors bénéficié de l’aide prodiguée par les Anglais depuis Londres. Ce don est marqué par deux cérémonies officielles : une première à l’occasion de la coupe du sapin à Oslo et une suivante lors de son illumination sur Trafalgar Square, le premier jeudi de décembre. Le maire d’Oslo, le lord mayor de Westminster et l’ambassadeur sont conviés à chacune des cérémonies.

On dit que les Norvégiens, d’accoutumée timides et réservés, sont plus extravertis et généreux pendant la période de Noël. Bien qu’il fasse nuit plus tôt, voire toute la journée, les lumières des guirlandes et des bougies et les couleurs éclatantes des décorations font que les sourires et la bonne humeur ne disparaissent pas. C’est aussi pour cela que Noël est la fête préférée de beaucoup de Norvégiens.

GOD JUL!*

*joyeux Noël !

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s