Une ferme à la montagne

Pendant que les récoltes continuent dans l’Arctique, il y a quelque part dans le Sud de la Norvège, une petite ferme qui s’accroche à la montagne. Située à mi-chemin entre Trondheim et Oslo, elle est perchée sur les hauteurs du village de Kvam, dans la commune de Nord-Fron, au Nord de la vallée de Gudbrandsdal. Cette vallée, longue et profonde, est bordée par les plus hauts massifs du pays, dont le Jotunheim, d’où s’élève à plus de 2 000 mètres le point culminant de toute la Scandinavie : le Galdhøpiggen. Elle a été creusée par l’œuvre millénaire des glaciers, tandis que la rivière Lågen coule en son fond. Le Gudbrandsdal est aussi une terre de mythes et de légendes, peuplée de trolls et d’autres créatures fabuleuses, rendue notamment célèbre par les aventures de Peer Gynt, écrites par Henrik Ibsen et mises en musique par Edvard Grieg.

La ferme domine le village de Kvam, au creux de la vallée de Gudbrandsdal

C’est dans cet écrin naturel, entre montagnes abruptes et forêts impénétrables, que la ferme Leine Merino possède quelques deux-cent-cinquante moutons de la race mérinos, reconnue mondialement pour la qualité de sa laine. Car c’est pour leur toison douce et chaude que les moutons de la ferme sont élevés depuis des années. Avant l’été, les moutons sont tondus et leur laine est envoyée à la filature, avant de revenir à la ferme sous forme de pelotes de toutes les couleurs et de plusieurs épaisseurs et d’être vendue à la boutique (photo en une) ou en ligne.

Tout l’été, les moutons sont laissés libres dans la nature, dans les prés et les forêts, en passant par la lande qui recouvre le sommet des montagnes. Comme les rennes du Nord de la Norvège, ils pâturent où ils veulent, au gré de leurs envies et de leurs besoins, se nourrissant d’herbe et de feuilles fraîches de juin à octobre. Cependant, ils sont exposés aux dangers des prédateurs naturels que sont les loups, les ours et les aigles. Ainsi, il n’est pas rare que les troupeaux subissent des pertes, plus ou moins lourdes.

Alors, quand vient l’automne, il faut arpenter la montagne à la recherche des moutons, disséminés en troupeaux plus ou moins grands, pour les rassembler. Petit à petit, après avoir marché des kilomètres et affronté le dénivelé, et guidé par le bruit des cloches pendues au cou des brebis, on parvient à réunir tous les moutons. Toutefois, ils ne sont pas toujours bien coopératifs et les mener à la bergerie ou vers un autre pré prend plus de temps que prévu. Même avec un chien de berger, la tâche est souvent compliquée et demande beaucoup de patience et de technique, surtout si l’on doit les embarquer dans une remorque. L’avantage, c’est que les moutons suivent généralement ceux de tête, et l’on peut ainsi mener un troupeau entier en attirant les premières brebis avec un seau de granulés. Finalement, en quelques jours, la bergerie se remplit et le cheptel est enfin rassemblé.

Les moutons sont ramenés à la bergerie

Entre temps, il faut refaire les clôtures autour la bergerie et du pré attenant avec des palettes en bois ou des grilles en métal, ces dernières s’assemblant un peu comme des jeux de construction. Ainsi, on peut placer un portail où bon nous semble afin d’ouvrir et de fermer la clôture facilement et d’empêcher ou de permettre aux moutons de passer. Il y a aussi quelques réparations à faire dans la bergerie, notamment au niveau des barrières qui délimitent l’espace réservé aux moutons. Il faut alors découper des planches et les visser entre elles pour éviter que les agneaux ne s’échappent ou se glissent dans des cachettes desquelles il serait difficile de les faire sortir.

De plus, on prépare la litière avec du foin ou de la paille, étalé sur le sol de la bergerie en une couche suffisamment épaisse pour être confortable pour les animaux. Le foin et la paille sont entreposés dans la grange, en vrac ou en botte, juste au-dessus de la bergerie. Lorsque l’on en a besoin pour refaire la litière ou donner à manger aux animaux si c’est du foin, on en fait tomber par des trappes jusqu’en bas. Plus tard, la litière deviendra du fumier, idéal pour fertiliser les sols des cultures.

La grange et la bergerie forment le même bâtiment, typique des fermes norvégiennes, en bois et au toit recouvert d’une sorte de lauses

Cette période de l’année est aussi l’occasion de compter et de trier les moutons. On les fait passer dans un couloir étroit constitué de palanques, puis on note le numéro de chacun inscrit sur leurs boucles d’oreille et les marque d’une couleur différente en fonction de leur âge, d’un coup de craie sur le front. Le premier chiffre indique l’année de naissance (1 pour 2021, 0 pour 2020, 9 pour 2019…), tandis que les quatre suivants se réfèrent au rang (0001 pour le premier né de l’année, 0050 pour le cinquantième, 0100 pour le centième…). Tous les moutons ont également un numéro commun qui renvoie à la ferme.

Puis, au bout du couloir, les uns sont dirigés dans l’enclos de gauche et les autres dans l’enclos de droite. Le groupe des brebis les plus âgées est ensuite mené vers un autre pré, en attendant d’être définitivement réunies avec les autres pour passer l’hiver au chaud à la bergerie. Quant aux agneaux mâles, ils sont mis à part, dans un autre enclos, et amenés en pension dans une autre ferme, dans la vallée, où ils seront vendus pour leur viande et envoyés à l’abattoir.

Pour les moutons qui restent à la bergerie, on les nourrit tous les matins avec des granulés, un aliment complet à base de céréales. Entreposés dans un silo à la grange, il suffit d’ouvrir un clapet au bas d’une colonne pour en remplir les seaux et ensuite les déverser dans les mangeoires. Les brebis, qui ont déjà faim de bon matin, ne s’y trompent pas et bêlent à la seule écoute des granulés tombant dans le seau pour ne s’arrêter qu’une fois rassasiées. Quant aux abreuvoirs, ils sont alimentés en eau par un système automatisé.

Enfin, c’est aussi le moment de couper l’herbe des prés et de la rassembler en bottes, ici des balles rondes, pour nourrir les animaux l’hiver. Les prés étant pentus et parfois même biscornus, conduire le tracteur ne s’avère pas une chose aisée, surtout lorsque l’on tracte une faucheuse ou une presse, la machine servant à faire des bottes. D’ailleurs, il faut souvent la débarrasser de l’herbe qui finit par la bourrer après chaque utilisation, ce qui constitue un travail plutôt fastidieux.

Cependant, après avoir ramené les moutons à la bergerie, il arrive que quelques animaux isolés soient encore dans la nature, parfois des brebis avec un ou plusieurs jeunes agneaux, qu’il faut donc aller rechercher. Les naissances ont généralement lieu au printemps, au mois d’avril et de mai, mais peuvent débuter dès janvier et se prolonger jusqu’à l’été.

La ferme accueille également des touristes qui ont réservé un séjour « bed and breakfast » dans une des vieilles maisons de la propriété. Datant du XVIIIème siècle, la maison Gammelstugu est typique de la campagne norvégienne du Gudbrandsdal. Avec son charme rustique, elle offre aux visiteurs un cadre unique et authentique, digne d’un voyage dans le temps. Confortable et chaleureuse, elle est l’endroit idéal pour vivre l’expérience du « kos ». Ce concept norvégien, partie prenante de la culture nationale, met en avant le sentiment de bien-être que procure son foyer. C’est un élément primordial du bonheur simple à la norvégienne.

La maison Gammelstugu, datant du XVIIIème siècle, accueille des touristes

Pour les amoureux de randonnée, la ferme est un point de départ parfait. Les possibilités de parcours sont nombreuses et offrent des paysages à couper le souffle. On peut aussi rencontrer des animaux sauvages, tels que des coqs de bruyère, des cerfs ou des élans, ou bien ramasser des champignons et des myrtilles. Les baies bleues sont très communes dans toute la Norvège et recouvrent les sous-bois et la lande d’un épais tapis.

Arrivé sur les hauteurs, la vallée de Gudbrandsdal se dévoile en un magnifique panorama, à l’horizon déchiré par les montagnes. Battue par les vents, la lande s’étend comme du coton. Blanchie par le lichen, elle court sur les sommets, au-dessus des forêts, et donne naissance à une multitude de ruisseaux qui redescendent dans la vallée. Des sentiers la parcourent en une ligne de crête, d’où l’on jouit d’un point de vue incomparable.

Les monts du Rondane et le lac de Furusjøen à leur pied

Rendez-vous sur Leinemerino.no

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s