Tromsø, capitale de l’arctique

Il est des villes qui ressemblent plus à de grands villages qu’à de petites cités et Tromsø en fait partie. Située à près de 350 km au nord du cercle polaire arctique, la commune de Tromsø, avec sa population d’un peu plus de 70 000 habitants, détient le record de la « grande ville » la plus septentrionale du monde. Établie principalement sur une île (Tromsøya), la municipalité s’étend à travers plusieurs localités plus ou moins grandes sur l’île de Kvaløya à l’Ouest et le continent à l’Est, ainsi que sur de nombreux autres îles et îlots. Fondée officiellement en 1794 par le roi de Danemark et de Norvège Christian VII, les premières traces d’installation remontent au début du Moyen-Age, lorsque des chefs Vikings tentèrent d’instaurer des colonies toujours plus au Nord. Une preuve physique de la fondation de villages dans la région réside dans les restes d’une église en bois debout, laquelle, érigée en 1252, était à l’époque l’église la plus boréale du monde. Des Norvégiens vivaient donc déjà à Tromsø dès le IXème siècle sur le territoire de la population locale, les Samis.

Ce n’est qu’à partir de la fin du XVIIIème siècle que Tromsø connut son essor, notamment grâce à l’exploitation des ressources naturelles de l’arctique. La ville était rapidement devenue le port d’attache de bateaux partant pêcher la morue ou chasser le phoque et la baleine dans les eaux froides de l’Océan Arctique, tandis que le marché du poisson et de la fourrure s’étendait de la Russie jusqu’à la France. Tour à tour, devant son expansion économique, la ville devint un évêché, une municipalité puis un rectorat. C’est ainsi qu’au XIXème siècle, Tromsø reçut le surnom de « Paris du Nord ». Cette comparaison est certainement née du fait que ses habitants étaient habillés de façon beaucoup plus élégante qu’imagée par ceux du Sud, profitant de la prospérité de la ville pour bénéficier d’un train de vie très confortable.

Entre la fin du XIXème et le début du XXème siècle, Tromsø se développa en point de départ de nombreuses expéditions scientifiques polaires, menées par des explorateurs tels que les Norvégiens Fridtjof Nansen et Roald Amundsen ou l’Italien Umberto Nobile. Toujours dans le domaine scientifique, c’est en 1927 que fut fondé l’observatoire des aurores boréales, lesquelles sont encore l’objet de beaucoup d’études. En 1940, quand l’Allemagne nazie envahit la Norvège, le gouvernement se réfugia brièvement à Tromsø, avant que la ville ne fût finalement prise par les Allemands. Mais le 12 novembre 1944, dans l’entreprise de libération du pays, le cuirassé Tirpitz fut coulé par la Royal Air Force au large de Tromsø. Depuis, un mémorial est situé sur l’île de Håkøya en hommage au millier de victimes du bombardement.

Aujourd’hui, Tromsø abrite l’université la plus septentrionale du monde, baptisée l’Université Arctique de Norvège, et s’affirme comme une force touristique indéniable. Avec ses montagnes qui surgissent de la mer et ses paysages époustouflants, elle est un endroit idéal pour de magnifiques randonnées. De plus, de nombreuses croisières naviguent depuis son port vers l’Océan Arctique, notamment jusqu’à l’archipel du Svalbard, tandis que l’express côtier, ou Hurtigruten, y fait régulièrement escale. Très attachée à la mer, l’économie de la ville dépend en grande partie du secteur de la pêche et du transport maritime.

L’explorateur polaire norvégien Roald Amundsen est une figure emblématique de la ville.

Malgré sa situation géographique très nordique, au-delà du cercle polaire arctique, Tromsø jouit d’un climat relativement clément. Qualifié de subarctique, voire d’océanique boréal, il se distingue par un hiver assez long et froid et un été plutôt court et tempéré. Cependant, le record de froid enregistré n’est « que » de -18°C, ce qui est bien plus doux par rapport à ce qu’on l’on peut mesurer sous de mêmes latitudes, en Sibérie ou au Canada par exemple. Cette douceur est permise par le courant marin du Gulf Stream, qui, venant des Antilles, réchauffe le littoral européen et empêche les côtes d’être prises par les glaces au plus froid de l’année. L’arctique norvégien est ainsi la région septentrionale la plus douce au monde, ce qui autorise le développement d’une agriculture.

Toujours grâce à sa latitude, Tromsø est le cadre de deux phénomènes typiques à l’arctique : le soleil de minuit et les aurores boréales. En été, considérant l’axe oblique de la Terre face au soleil, la zone boréale est éclairée toute la journée et ne connaît pas de nuit. Par conséquent, à Tromsø, le soleil ne descend jamais sous l’horizon entre la mi-mai et la fin du mois de juillet. Quand il réussit à se coucher avant et après ces dates, il ne disparaît cependant pas assez sous la ligne d’horizon et parvient à éclaircir les nuits, qui ne semblent être qu’un crépuscule.

Au contraire, en hiver, tout s’inverse, et la ville est plongée dans la nuit polaire. Le soleil n’apparaît plus de la fin novembre jusqu’à la moitié du mois de janvier, puis lorsqu’il revient, il illumine quelque peu la mi-journée et en fait une nuit claire à l’heure du déjeuner. Mais ce qui constitue la principale attractivité de la région en hiver, ce sont les aurores boréales, appelées poétiquement « lumière du Nord » (« nordlys ») en norvégien. Seulement visibles durant la nuit polaire, ces voiles de lumière verte sont provoqués par des vents solaires, qui, lorsqu’ils entrent en collision avec la magnétosphère, couche la plus haute de l’atmosphère terrestre, éjectent des particules électrisées dans le ciel jusque dans la zone non éclairée du globe. Par leur contact avec des atomes présents dans la ionosphère, des particules élémentaires de lumière, ou photons, sont émises à des altitudes comprises entre 80 et 1000 km. Si les formes et les couleurs dépendent de la nature des atomes à de différentes hauteurs dans l’atmosphère, les aurores boréales sont la plupart du temps vertes, du fait qu’elles naissent généralement à une altitude supérieure à 200 km dans des zones où l’oxygène est plus dense que l’azote.

Aurore boréale au-dessus de Tromsø. Il existe plusieurs spots dans et autour de la ville d’où l’on peut admirer ces curiosités astronomiques.

Cas d’étude universel depuis bien longtemps, les aurores boréales sont un des sujets de prédilection des scientifiques venus du monde entier travailler à l’université de Tromsø. Mais elles ne sont pas les seuls centres d’intérêt des chercheurs, dont les travaux sont illustrés dans quatre musées dépendant de l’université. Le Musée Universitaire de Tromsø retrace l’histoire de la région depuis l’Age de pierre jusqu’à l’époque Viking, en passant par la culture du peuple sami. Les aurores boréales y ont bien sûr leur place, tout comme la faune et la flore de l’arctique. Une flore que l’on peut découvrir au jardin botanique, situé tout près de l’université.

Quant au Musée Polaire, il raconte les aventures arctiques des pêcheurs, des chasseurs et des explorateurs qui ont sillonné les eaux glacées et foulé la banquise du Pôle Nord. Enfin, le Musée du MS Polstjerna propose de visiter ce bateau, qui pendant des années, est parti chasser le phoque. Mis à la retraite en 1981 après 33 saisons de chasse, il est amarré depuis 2003 sous une cloche de verre et héberge l’exposition « Snowhow » sur les peuples de l’Océan Arctique.

A côté du Polstjerna, se trouve le Polaria. Ce n’est pas un musée à proprement parler, mais un centre d’exposition sur le monde polaire. Il y a une salle de cinéma panoramique diffusant des films sur l’arctique, des aquariums reconstituant le milieu naturel local ainsi qu’un groupe vedette qui se produit régulièrement devant un public conquis. Il s’agit en réalité de quatre phoques (deux phoques barbus et deux phoques communs) qui se donnent en spectacle en compagnie de leurs soigneurs.

Un autre incontournable de Tromsø réside dans sa Cathédrale Arctique (« Ishavkatedralen »), église luthérienne moderne construite en 1965 et à l’architecture reconnaissable entre mille (photo en une, au centre). Avec son imposant vitrail, le deuxième en Europe par sa taille, elle accueille des concerts de musique classique et de chant lyrique toute l’année. Ainsi, pour célébrer le soleil de minuit, des concerts y sont organisés tous les soirs de l’été.

Le festival RakettNatt fait la part belle à la musique pop-rock.

Dans un style différent, le festival RakettNatt, qui se déroule sur deux jours à la fin du mois d’août, met à l’honneur la musique pop-rock dans une ambiance chaleureuse et spectaculaire en plein centre-ville. Tout au long de l’année, des concerts et des festivals sont organisés dans divers parcs et salles de spectacles de Tromsø, pour tous les goûts et tous les publics. Par exemple, la musique latino-américaine est célébrée fin février, tandis que la musique électro a son festival (Insomnia Festival) au mois d’octobre. La ville est également le lieu de naissance du duo de musiciens Röyksopp, dont les mélodies électroniques ont fait le tour du monde.

Enfin, pour se mettre au vert, rien de mieux que passer du temps dans les parcs de la ville, lesquels occupent la majeure partie du centre de Tromsøya. Ainsi, il est possible de traverser Tromsø du Sud au Nord par les parcs sans jamais penser que l’on marche dans une ville. Lorsque vient l’hiver, on peut même faire du ski de fond sur ce que l’on appelle la « lysløypa », une « piste de lumière » qui doit son nom aux projecteurs qui l’éclairent durant la nuit polaire. Folkeparken, Bak-Olsen, Prestvannet, Charlottenlund ou bien Rundvannet, tous ces parcs sont prisés des habitants pour leur caractère authentique et les différentes activités qu’ils proposent. Parmi celles-ci, le discgolf, mélange de golf et de frisbee, peut se pratiquer à Charlottenlund.

Pour continuer dans les activités sportives, non loin du stade de biathlon, se trouvent plusieurs complexes, dont une piscine, une salle de gymnastique, une patinoire et un terrain de football. Le tout au pied des trois tremplins de saut à ski et au milieu d’un large espace de verdure.

Le parc de Prestvannet, avec son étang entouré d’arbres, est un véritable écrin de verdure au beau milieu de la ville.

A Tromsø, tout ou presque se réfère à l’arctique : la cathédrale est arctique, l’université est arctique, le jardin botanique est arctique, les musées sont arctiques… La ville le revendique haut et fort et en fait un atout touristique. Dans les boutiques de souvenirs, la plupart de ce que l’on peut acheter s’y rattache, des cartes postales aux accessoires vestimentaires, en passant par la viande de renne séchée et les pots de confiture de myrtille. Et comme pour confirmer son statut de capitale de l’arctique, la ville a obtenu en 1998 le transfert depuis Oslo de l’Institut Polaire Norvégien. Un statut mérité pour cette ville qui dynamise l’arctique et fait oublier que l’on est à près de 70° de latitude Nord.

De gauche à droite et de haut en bas : 1) Tromsø à minuit, 2) étang de Prestvannet, 3) vue de Tromsø depuis Kvaløya, 4) port de Tromsø.

Pour plus d’infos : Visit Tromsø

6 commentaires sur « Tromsø, capitale de l’arctique »

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