Gratulerer med dagen!

Dans quelques jours, c’est le 17 mai ! Oui, et alors ? Le 17 mai, c’est tout simplement un des jours les plus importants en Norvège : la fête nationale. Un 14-Juillet à la norvégienne qui ne ressemble en presque rien à notre équivalent français. A part leurs origines historiques que l’on peut rapprocher, les festivités se distinguent drastiquement l’une de l’autre. Voici donc ce qui fait du « Nasjonaldag » un évènement hors du commun.

Il faut remonter à l’année 1814, lorsque la Norvège subissait le joug de son voisin suédois, pour retrouver les racines du 17-Mai. Alors que les guerres napoléoniennes touchaient à leur fin, la Norvège et le Danemark ne formaient qu’un seul et même royaume, dominé par les souverains danois. Ces derniers défaits, ils durent céder la Norvège à la Suède, qui, elle, sortait victorieuse du conflit. Aussitôt, lasse de se soumettre à un nouveau voisin, la Norvège vit en elle jaillir une petite révolution. Dans la ville d’Eidsvoll, à quelques encablures au Nord-Est d’Oslo, des notables norvégiens se réunirent et rédigèrent la première constitution du pays. Signée le 17 mai, la Constitution devint le symbole de l’indépendance, bien que les Suédois continuèrent à occuper le territoire norvégien pendant encore près d’un siècle.

Célébrée dès les années 1820 à Trondheim puis à Oslo, la date du 17 mai ne put jouir d’une certaine liberté qu’après 1844 et la mort du roi de Suède Carl XIV Johan, également connu sous le nom de Jean-Baptiste Bernadotte, ancien maréchal d’Empire de Napoléon. Enfin, ce fut à partir de 1870 que l’écrivain Bjørnstjerne Bjørnson donna aux célébrations du 17-Mai ses premiers airs modernes, en intégrant aux cortèges citoyens des garçons, puis en 1889, des filles.

Cependant, l’implication de Bjørnson dans l’identité nationale ne s’arrêta pas aux défilés du 17-Mai. En effet, pour le cinquantième anniversaire de la Constitution, il présenta en ce 17 mai 1864, pour la toute première fois, l’hymne norvégien. Baptisé « Oui, nous aimons ce pays » (« ja, vi elsker dette landet »), il en écrivit les paroles, tandis que son cousin Rikard Nordraak le mit en musique.

Aujourd’hui, et ce depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, le 17-Mai demeure l’occasion pour tous les Norvégiens d’affirmer leur attachement à leur pays. Ils défilent ainsi dans les rues, brandissant fièrement des drapeaux norvégiens et se souhaitant « gratulerer med dagen », ou en d’autres mots, « félicitations ». Comme s’ils se congratulaient d’être norvégiens, ils font de ce jour un évènement aussi important qu’un anniversaire ou qu’un jour de l’an. D’ailleurs, il existe même des pâtisseries spécialement dédiées au 17-Mai, dont les couleurs rappellent le drapeau national.

Généralement, la plupart des cortèges qui défile est constitué d’enfants, lesquels affichent les couleurs de leur école tout en symbolisant la jeunesse et l’avenir. En parallèle, les bacheliers fêtent leur dernière année de scolarité en organisant des parades, dont le caractère jovial et parodique se démarque plutôt bien des autres cortèges. Appelés les « russ », ils s’habillent soit de rouge s’ils sont issus de la filière générale, soit de bleu s’ils sont issus de filières technologiques. Souvent associés aux excès de la fête en tous genres, ils profitent de cette journée pour se lâcher et s’affranchir de l’autorité parentale.

A Oslo, la capitale, les festivités sont marquées par l’imposant défilé qui se dirige vers le Palais Royal, où il sera salué du haut du balcon par les membres de la famille royale (photo). Se parant de rouge, de blanc et de bleu, la Karl Johans gate, l’artère qui mène au palais, semble disparaître sous le joyeux et coloré flux populaire. Ironie du sort, l’avenue porte le nom du même roi de Suède qui, au siècle précédent, considérait cette fête comme une démonstration politique contestataire et insultante.

Enfin, le 17-Mai est aussi le moment opportun pour les hommes et les femmes, mais également les enfants, de se vêtir du « bunad », le costume traditionnel norvégien. Différent d’une région à l’autre, il est un hommage vivant aux traditions populaires, dont les racines remontent le plus souvent aux coutumes campagnardes du Moyen-Age jusqu’au XIXème siècle. Il témoigne de l’existence que menaient les ancêtres des Norvégiens, des gens ordinaires dont les conditions de vie étaient parfois difficiles. Ode à l’artisanat, il est en grande partie fait à la main, avec les techniques de l’époque et des matières naturelles telles que le coton, le lin ou la laine. Ornementé de bijoux comme des broches ou des boutons en argent, ses couleurs sont souvent vives et ses motifs s’inspirent de la nature. Symbole national par excellence, il illustre l’appartenance de ceux qui le portent à leur culture.

Bref, si l’on voulait comparer avec le 14-Juillet, pas un militaire en uniforme à l’horizon ni un seul engin lanceur de missiles. Uniquement des civils de tous âges, hommes et femmes, garçons et filles, qui célèbrent leur pays et leur roi dans la joie et la bonne humeur, loin de considérations pouvant paraître bien trop belliqueuses et anxiogènes pour un regard nordique. Une vraie fête populaire.

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