Un sacré drapeau

Une croix bleue liserée de blanc sur un fond rouge : c’est ainsi que l’on peut décrire le drapeau norvégien. Omniprésent dans les villes et les campagnes, hissé en haut des mâts des bateaux ou au-dessus des portes des maisons, il est un symbole inaltérable de la culture norvégienne. Garant de l’histoire du pays et de sa fierté nationale, toute atteinte à sa personne est digne d’un régicide. Mis à l’honneur lors de la fête nationale du 17 mai, il appartient à tous les Norvégiens de le brandir ou de l’afficher tout au long de l’année, à condition de respecter quelques règles.

Mais d’abord, venons-en à son histoire. Commune avec celui du Danemark, il faut remonter au 15 juin 1219, lorsque selon la légende, une bannière tomba du ciel pendant la bataille de Lyndanisse, laquelle opposait les Danois aux Estoniens. L’apparition soudaine de cette bannière rouge barrée d’une croix chrétienne blanche renversée (appelée croix de Saint Olav) fut interprétée par le roi Valdemar II comme un message divin pour écraser les Estoniens, ce qui fut rapidement fait. Baptisée « Dannebrog », elle devint quelques années plus tard le drapeau officiel du Royaume de Danemark, lequel est aujourd’hui considéré comme le plus ancien drapeau au monde.

En 1536, le drapeau danois fut imposée à la Norvège dans le cadre de l’union des deux pays sous l’égide du Roi de Danemark. A partir de 1814, suite à la signature de la Constitution d’Eidsvoll, la Norvège se chercha une bannière propre à elle-même, malgré une nouvelle union avec la Suède. Après deux tentatives, premièrement un drapeau danois orné d’un lion puis un drapeau suédois auquel était rajoutée une croix blanche sur fond rouge, le député Frederik Meltzer proposa en 1821 un étendard différent de celui des deux voisins. Il avait ainsi tracé une croix bleue sur le drapeau danois et donné naissance au drapeau norvégien. Si le rouge, le blanc et le bleu furent choisis, c’était pour représenter la liberté et la démocratie tout en s’inspirant des drapeaux français, britannique et américain. Après une parenthèse entre 1844 et 1898, où un symbole commun à la Norvège et la Suède fut inséré dans le coin supérieur gauche, le drapeau norvégien tel qu’on le connaît actuellement fut définitivement adopté par le Parlement.

L’histoire du drapeau norvégien fut même en partie rejouée à l’occasion de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques d’hiver de Lillehammer en 1994. D’abord, quatre parachutistes sautèrent et apparurent dans le ciel tenant chacun un des bouts d’une bannière toute blanche. Ensuite, comme le Dannebrog, elle se colora de rouge, laissant immaculé seul le dessin d’une croix. Enfin, se forma par-dessus une croix bleue et la Norvège vit son étendard flotter à nouveau.

Un hommage aux yeux du monde à la hauteur du respect et de l’admiration que lui portent les Norvégiens. Toutes les occasions ou presque sont bonnes pour exhiber les couleurs du royaume, que se soit lors de fêtes du calendrier, laïques ou non, ou bien de compétitions sportives en tous genres. Et quand il n’est pas de sortie le jour venu, il lui arrive de siéger constamment au sommet d’un mât dressé dans le jardin d’une maison. Ainsi, certaines familles se lèvent de bon matin pour la traditionnelle levée des couleurs. Mais attention à ne pas souiller le drapeau de terre ou de boue, sous peine de devoir le brûler et le remplacer par un autre. Telle en est la preuve que l’on ne rigole pas avec la bannière nationale.

Autre exemple, en 2013, avec l’affaire de la combinaison de l’équipe de Norvège de ski de fond. Cette nouvelle tenue de la marque Swix, qui devait servir lors des championnats du monde organisés cette même année, avait d’abord été portée à plusieurs reprises durant les courses de pré-saison. Cependant, un détail ne passait pas inaperçu : le design était tel que le drapeau norvégien se retrouvait dessiné sur les fesses des skieurs. Parmi les athlètes qui s’entraînaient et concouraient avec la nouvelle combinaison se trouvait Therese Johaug, une des leaders de l’équipe et meilleures fondeuses de la planète. Ainsi, pour certains observateurs et une partie de l’opinion public, le galbe fessier de la star norvégienne du ski n’était pas un support convenable pour le drapeau national. Assurément trop postérieur, cet emplacement a été modifié par l’équipementier, lequel s’est donc vu contraint de fournir une combinaison différente. Deux ans plus tard, la marque Dæhlie succédait à Swix, bien que cet incident ne semble pas avoir eu d’influence sur le choix de la fédération de travailler avec un nouveau partenaire.

Bien au-delà de la sphère sportive, le drapeau accompagne les Norvégiens tout au long de leur vie. Un rapport à leurs couleurs comparable à ce qui existe chez leurs voisins scandinaves voire aux Etats-Unis. Loin d’être du fanatisme, l’attachement au drapeau marque profondément le sentiment d’appartenance à la nation. Il est là pour le rappeler à tous ceux qui le croisent.

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