Kirsten Flagstad, la voix du Nord

Nouvel épisode des Destins norvégiens avec le premier article dédié à une femme : Kirsten Flagstad. La plus célèbre des cantatrices norvégiennes est aujourd’hui honorée par un musée qui porte son nom, établi dans sa maison natale à Hamar. Par son talent, elle a interprété dans les plus prestigieux théâtres du monde les grands airs de la musique classique, notamment ceux du répertoire wagnérien. Inoubliable soprano, elle est considérée comme la plus grande cantatrice du début du XXème siècle.

Destins norvégiens, Episode 4 : Kirsten Flagstad

Née le 12 juillet 1895 à Hamar, Kirsten Malfrid Flagstad grandit à Oslo dans une famille de musiciens. Son père, Michael Flagstad, était violoniste et chef d’orchestre, tandis que sa mère, Marie « Maja » Johnsrud, était pianiste et accompagnatrice. Celle-ci fut sa première professeure de musique, avant de prendre des cours de chant auprès d’Ellen Schytte-Jacobsen et Albert Westvang. Elle étudia également à Stockholm où elle reçut l’enseignement de Gillis Bratt et avec qui elle développa ses qualités de soprano.

En 1913, elle fit ses débuts au Théâtre National d’Oslo dans l’opéra Tiefland, du compositeur allemand Eugen d’Albert. Elle y tint le rôle de Nuri, la servante d’un riche propriétaire terrien espagnol. Elle fut alors dirigée par le chef d’orchestre norvégien Johan Halvorsen, tandis qu’elle côtoya le ténor danois Vilhelm Herold, lequel incarnait en Pedro le berger le personnage principal. Dès lors, elle fit ses premiers enregistrements et continua sa carrière en chantant dans divers opéras et opérettes.

En 1919, elle épousa Sigurd Hall, puis donna naissance l’année suivante à sa fille, Else Marie. Entre 1918 et 1921, elle entra à l’Opéra Comique d’Oslo, où elle incarna de nombreux rôles. Ensuite, en 1928, ce fut le Théâtre de Göteborg, en Suède, qui l’appela. Pour son premier opéra, Der Freischütz de Carl Maria von Weber, elle joua Agathe, la fille du Duc de Bohême. Deux ans plus tard, elle incarna Mikhal, dans Saül et David de Carl Nielsen.

Après son second mariage avec Henry Johansen, un homme d’affaires norvégien, elle décrocha en 1932 le rôle titre de l’opéra Rodelinda, d’après Georg Friedrich Haendel. Puis elle chanta Tosca et Aida, chefs-d’œuvres des compositeurs italiens Giacomo Puccini et Giuseppe Verdi. Cette même année, elle interpréta pour la première fois Isolde, rôle phare du célèbre Tristan et Isolde de Richard Wagner, dont l’inspiration se puisait le plus souvent dans les légendes médiévales et la mythologie nordique et germanique. Comme une révélation quant à la suite de sa carrière, elle découvrit le répertoire qui allait faire d’elle la plus grande cantatrice de son temps. Invitée à venir en Bavière au Festival de Bayreuth de 1934, elle incarna Sieglinde dans La Walkyrie et Gutrune dans Le Crépuscule des Dieux. Elle s’affirma ainsi comme une chanteuse wagnérienne majeure.

La consécration vint le 2 février 1935, lorsqu’au Metropolitan Opera de New York, elle reprit le rôle de Sieglinde. Le succès de son interprétation fit d’elle une star aux Etats-Unis et au Canada. Elle subjugua le public et tous les spécialistes par sa voix et sa présence scénique et s’engagea avec le Met pour une série d’opéras à venir. Ainsi, elle incarna de nouveau Isolde puis Brünnhilde dans La Walkyrie et Le Crépuscule des Dieux. Par la suite, elle joua Elsa dans Lohengrin, Elisabeth dans Tannhäuser et Kundry dans Parsifal. Grâce à elle, le Metropolitan était rapidement complet à chacune de ses performances et générait des recettes de plusieurs milliers de dollars.

En représentation à l’Opéra de San Francisco, elle interpréta Brünnhilde dans le cycle de L’Anneau des Nibelungen, lequel comprenait L’Or du Rhin, La Walkyrie, Siegfried et Le Crépuscule des Dieux. En 1937, elle chanta à l’Opéra de Chicago ainsi qu’au Royal Opera House de Covent Garden, à Londres. Elle fit une tournée en Australie en 1938 puis apparut régulièrement à la radio américaine. Devant son immense succès, Hollywood voulut faire d’elle une de ses stars mais elle se contenta de séances photos et de concerts au Hollywood Bowl. Cependant, elle joua le Cri de Guerre de Brünnhilde dans l’émission The Big Broadcast of 1938, où elle fut présentée par le comédien Bob Hope.

Kirsten Flagstad, Le Cri de Guerre de Brünnhilde, The Big Broadcast of 1938

En 1941, alors que la Norvège était occupée par l’Allemagne nazie, elle décida de rejoindre son mari, retourné au pays un an plus tôt. Elle quitta donc New York pour le retrouver, laissant aux Etats-Unis sa fille de vingt ans, laquelle venait de se marier avec un Américain. Son choix de partir fut vivement critiqué, surtout aux Etats-Unis, où l’on aurait préféré la voir rester dans le monde libre. Pendant la guerre, elle refusa toutefois de se produire dans les pays occupés, ne jouant ainsi qu’en Suisse et en Suède, pays neutres. Bien que n’ayant jamais affiché de soutien pour le régime nazi, l’opinion publique envers elle, de plus en plus défavorable, la toucha tant dans sa vie professionnelle que personnelle. Une impopularité qui fut ravivée à la Libération, lorsque son mari fut arrêté pour collaboration avec l’ennemi. Les résistants norvégiens l’accusaient alors d’avoir profité de l’Occupation pour faire prospérer ses affaires, notamment son commerce du bois.

Finalement remontée dans l’estime du public, Kirsten Flagstad revint sur scène dès 1947 à Covent Garden puis à San Francisco, avant de retrouver le Metropolitan Opera en 1951. Elle continua à chanter Wagner, mais interpréta aussi de nouveaux rôles. Au Mermaid Theatre de Londres, elle incarna Didon, dans Didon et Énée du Britannique Henry Purcell. Le 1er avril 1952, lors de ses adieux au Met, elle joua Alceste dans l’opéra du même nom, composé par le musicien allemand Christoph Gluck.

Auparavant, elle s’essaya à la direction. Ainsi, elle monta la première des Quatre derniers lieder de Richard Strauss, opéra posthume écrit en 1948. Elle choisit Wilhelm Furtwängler comme chef d’orchestre et chanta les premiers airs le 22 mai 1950 au Royal Albert Hall de Londres. Après avoir fait ses adieux définitifs à la scène en 1955, elle donna encore quelques concerts et fit plusieurs enregistrements. Enfin, de 1958 à 1960, elle fut directrice de l’Opéra National de Norvège. Atteinte d’un cancer de la moelle osseuse, elle décéda à Oslo le 7 décembre 1962, à l’âge de 67 ans.

Aujourd’hui, le Musée Kirsten Flagstad à Hamar, inauguré en 1985, lui rend hommage en retraçant les plus grands moments de sa carrière. Depuis 2008, une place portant son nom se trouve au niveau du parvis de l’Opéra d’Oslo, tandis qu’une étoile du Hollywood Walk of Fame lui est dédiée. A ce jour, on dénombre plus de mille enregistrements de ses performances, ce qui constitue une des plus importantes discographies au monde pour une cantatrice. Sa voix unique, à la fois puissante et souple, restera pour longtemps dans les mémoires des passionnés d’opéra.

A suivre : Henrik Ibsen, l’auteur engagé

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