Henrik Ibsen, l’auteur engagé

Henrik Ibsen est l’auteur norvégien du XIXème siècle le plus célèbre dans le monde. Il est d’ailleurs l’une des quelques personnalités qui ont été citées dans le sondage La Norvège vue par les Français. Une de ses œuvres la plus connue est la pièce de théâtre Une Maison de poupée, dont le féminisme marqua profondément son époque. En tant que dramaturge majeur norvégien, il est honoré par de nombreuses statues, comme par exemple à Bergen, devant le théâtre de la ville.

Destins norvégiens, Episode 5 : Henrik Ibsen

Henrik Johan Ibsen vint au monde le 20 mars 1828 à Skien, dans le comté de Telemark. Son père, Knud Ibsen, était un riche marchand, tandis que sa mère, Marichen Altenburg, était issue d’une famille aisée. Cependant, quelques années après sa naissance, son père perdit une grande partie des économies du foyer à la suite de spéculations malheureuses. Ayant dû vendre ses biens, la famille Ibsen déménagea hors du centre-ville de Skien, dans une maison appartenant au demi-frère du père, un banquier et armateur fortuné.

Tandis que Knud Ibsen sombra dans l’alcoolisme, Marichen se sacrifia pour s’occuper du mieux possible de Henrik, de son frère Ole et de sa sœur Hedvig. Le dévouement de sa mère pour ses enfants inspira beaucoup d’admiration chez le jeune Ibsen, qui dès lors développa sa sensibilité féministe. Ainsi, ses parents et les autres membres de sa famille et de son entourage allaient se retrouver dans les personnages de ses pièces.

En 1844, alors âgé de seulement quinze ans, il quitta le domicile familial pour s’installer dans la petite ville de Grimstad, où il fut l’apprenti d’un pharmacien, tout en s’intéressant assidûment à la littérature et la philosophie. En 1846, il eut un fils de sa relation avec Else Sophie Birkedalen, laquelle était âgée de dix ans de plus que lui. Prénommé Hans Jacob, cet enfant ne connut presque jamais son père, qui cependant lui versa une pension jusqu’à ses 14 ans.

Pendant ce temps, Ibsen commença à écrire ses premières pièces, dont Catilina, rédigée en 1848. Inspirée d’une part d’un pensum latin et d’autre part de la révolution qui gronda cette même année en France, la pièce ne fut publiée pour la première fois que deux ans plus tard. Ce drame, écrit sous le pseudonyme de Brynjolf Bjarme, fut édité à compte d’auteur en 250 exemplaires. Toutefois, alors qu’il espérait voir sa pièce adaptée sur scène, elle fut finalement refusée par le Théâtre d’Oslo.

Dans la foulée, il écrivit une deuxième pièce intitulée Le Tertre des guerriers (Kjæmpehøjen), jouée pour la première fois le 26 septembre 1850. Sa langue d’écriture était le dano-norvégien, langue issue de l’union des deux royaumes jusqu’en 1814 et principalement parlée par les élites, et qui devint plus tard le norvégien moderne ou bokmål.

En 1852, il arriva à Bergen, où le violoniste Ole Bull venait de créer le Théâtre de Bergen. Nommé directeur artistique par ce dernier, il écrivit et mit en scène plusieurs pièces, lesquelles ne connurent pourtant pas de grand succès. En 1857, il revint à Oslo et épousa l’année suivante Suzannah Thoresen, laquelle lui donna un fils, Sigurd, né le 23 décembre 1859. Alors directeur du Théâtre National, il publia deux pièces pour un supplément à l’hebdomadaire Illustreret Nyhedsblad, jusqu’à ce qu’il abandonnât ses fonctions en 1862.

Cette année-là, il entama un voyage à pied à travers la Norvège. Il explora la vallée de Gudbrandsdal, rejoignit à l’Ouest la région de Sogn puis conclut son périple dans les régions de Sunnmøre et de Romsdal. Récoltant plusieurs contes populaires norvégiens tout au long de son voyage, cela lui inspira une première pièce en 1863 : Les Prétendants de la couronne (Kongs-Emnerne). Cette tragédie, transposée au XIIIème siècle, relatait les conflits qui déchirèrent le royaume. Le succès de son oeuvre lui permit d’obtenir une bourse, grâce à laquelle il partit s’installer en Italie. De plus, il décida de collaborer avec Gyldendal, un éditeur danois basé à Copenhague.

A Rome, il écrivit en 1865 L’Incendie (Brand), une pièce très acerbe envers les notables. Par ce drame, il ancra son écriture dans le réalisme social, un mouvement qui allait bientôt dicter toute son oeuvre. De plus, le succès que la pièce connut incita le gouvernement norvégien à lui attribuer une bourse annuelle d’écrivain. Par la suite, il publia son oeuvre la plus célèbre : Peer Gynt. Renouant exceptionnellement avec les contes populaires de son pays, il raconta les aventures fantastiques de Peer Gynt, un anti-héros partant à la découverte du monde. Sa source d’inspiration fut un certain Per Gynt, avec un seul « e », un personnage de conte dont il retravailla la personnalité pour en faire un héros « ibsenien ». Jouée sur scène et mise en musique par Edvard Grieg en 1876, la pièce fut plébiscitée par le public norvégien et international.

Sculpture d’après Per Gynt, sur le pont de l’Eventyrbrua à Oslo, dont les aventures inspirèrent le « Peer Gynt » d’Ibsen

Installé dès 1868 à Dresde, en Allemagne, il écrivit L’Union des jeunes (De unges forbund) en 1869 puis Empereur et Galiléen (Kejser og Galilæer) en 1873. Puis il partit à Munich et publia en 1877 Les Piliers de la société (Samfundets støtter), un drame dans la lignée des pièces précédentes. Ayant joui d’un fort succès dès sa première mise en scène, Les Piliers de la société traitait de la libération des femmes et de l’émancipation de la jeunesse dans une société traditionaliste.

De retour à Rome, il écrivit une autre pièce dont le retentissement allait être colossal dans toute l’Europe. Publiée en 1879, Une Maison de poupée (Et Dukkehjem) décrivait le combat de Nora, une épouse et mère de famille dévouée qui abandonna le domicile conjugal à la recherche de sa liberté. Réflexion sur la condition féminine, ce drame social fut un véritable étendard pour le féminisme, dont c’était le début du mouvement en cette seconde moitié du XIXème siècle. Interdite dans certains pays, la pièce profita du scandale qu’elle suscita pour devenir un succès indiscutable.

Deux ans plus tard, Ibsen récidiva avec Les Revenants (Gengangere), un drame aux thèmes très controversés et délicats que furent l’inceste, les maladies vénériennes, les naissances hors mariage et l’euthanasie. Il y dénonça l’hypocrisie des bien-pensants et des puritains et égratigna le cléricalisme. En 1882, il continua d’user de la critique envers la bourgeoisie et la société en publiant Un Ennemi du peuple (En folkefiende). En 1884, il écrivit Le Canard sauvage (Vildanden), pamphlet contre les mensonges et les faux-semblants bourgeois.

A partir de 1885, il retourna vivre à Munich, où il publia trois nouveaux drames. Dans Rosmersholm, créé en 1886, il reprit quelques uns des thèmes des Revenants. En 1888, il écrivit La Dame de la mer (Fruen fra havet), dans lequel il dépeignit la condition de femme mariée. Enfin, deux ans plus tard, il publia Hedda Gabler. Dans cette pièce, il imagina le destin tragique d’une femme, récemment mariée mais retombée amoureuse de son ancien amant, désormais uni à une autre femme.

En 1891, il revint en Norvège après vingt-sept ans d’absence et s’installa à Oslo, fort de son statut d’auteur mondialement renommé. Il écrivit encore quatre pièces : Solness le constructeur (Bygmester Solness), Le petit Eyolf (Lille Eyolf), John Gabriel Borkman et Quand nous nous réveillerons d’entre les morts (Når vi døde vågner). Cette dernière pièce, publiée en 1899, fut considérée comme son testament littéraire en raison de la longue réflexion faite par le héros sur son oeuvre. Affaibli par une attaque cérébrale en 1900, il ne put plus écrire jusqu’à son décès, survenu le 23 mai 1906. Un an plus tôt, la Norvège avait obtenu son indépendance vis-à-vis de la Suède, tandis que son fils, Sigurd Ibsen, en était le premier ministre juste avant la séparation des deux royaumes.

Aujourd’hui, Ibsen est présenté comme le plus grand dramaturge norvégien de l’histoire et le principal auteur dramatique après Shakespeare. Son oeuvre, empreinte de réalisme et de pessimisme, continue de marquer le théâtre par des thèmes qui font encore écho à la société actuelle. Aussi, son travail sur l’aspect psychologique de ses personnages est vu comme un modèle. Enfin, un musée en son honneur, le musée Ibsen, est à visiter à Oslo, au 26 de la rue… Henrik Ibsen.

A suivre : Oscar Mathisen, le patineur en or

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