Ole Bull, le violoniste des fjords

Ole Bull est un des pionniers de la musique classique norvégienne. Son instrument de prédilection, le violon, lui a valu une immense popularité dans son pays mais aussi dans le monde entier. Originaire de Bergen, il a été une figure incontournable de la vie culturelle de la ville tout en dirigeant son théâtre national. En son honneur, la fontaine Ole Bull a été érigée dans le centre-ville, à proximité de Festplassen.

Destins norvégiens, Episode 13 : Ole Bull

Ole Bornemann Bull vit le jour à Bergen le 5 février 1810, dans une Norvège encore soumise au Danemark. Il était le premier des dix enfants de Johan Storm Bull, pharmacien, et d’Anna Dorothea Geelmuyden. Tandis que son père voulait le voir devenir pasteur, il se prit de passion dès le plus jeune âge pour la musique. Son premier professeur de violon fut le Danois Johan Henrich Poulsen, violoniste à la société de musique « Harmonien », lequel lui apprit la technique allemande. Puis il suivit l’enseignement du Suédois Mathias Lindholm, avec qui il découvrit la technique française.

Dès l’âge de quatre ou cinq ans, il savait jouer toutes les musiques et chansons qu’il entendait. Quand il eut huit ans, il reçut son propre violon, puis commença à étudier les œuvres du virtuose italien Niccolo Paganini, dont ses célèbres caprices. Soliste à l’orchestre philharmonique de Bergen, il impressionna déjà le public par ses interprétations dignes des plus grands, du haut de ses quatorze ans.

En 1828, il fut envoyé à Oslo pour étudier la théologie. Cependant, il ne vint pas au bout de ses études et se consacra pleinement à la musique. Il entra alors au « Musikalske Lyceum », un « Lycée Musical » affilié au théâtre d’Oslo, avant d’en prendre la direction après la mort de Waldemar Thrane. L’année suivante, il rencontra le poète Henrik Wergeland, lequel devint un de ses grands amis. Il commença également à composer et à jouer ses propres créations à travers la Norvège.

A l’été 1831, il fit la connaissance de Torgeir Augundsson, surnommé « Myllarguten ». Originaire du comté de Telemark, Augundsson jouait du violon du Hardanger, un instrument de musique typique du Sud de la Norvège. Il était considéré comme le meilleur joueur de Hardingfele et Ole Bull fut profondément marqué par son talent.

Après la dissolution de l’union avec le Danemark et avant celle avec la Suède, la Norvège se cherchait une identité culturelle propre. Ainsi, Bull s’efforça à créer une musique nationale, inspirée des mélodies traditionnelles. Influencé par le romantisme national, il militait à travers son art pour une Norvège souveraine et transmit son idéal à ses contemporains.

Démonstration de Hallingdans (Danse du Hallingdal) par le danseur HallGrim, au rythme du violon du Hardanger

En 1832, il vécut à Paris où il améliora encore sa technique, puis partit l’année suivante pour l’Italie. Tout en s’intéressant assidument à la musique italienne, il donna de nombreux concerts pour violon à Florence, Bologne, Naples ou bien Rome. Il désirait développer une technique nouvelle et unique, que seul lui serait capable de reproduire. Il composa également pour des orchestres des musiques d’opéra et de théâtre.

Les années suivantes, il enchaîna les voyages à travers l’Europe et l’Amérique, donnant surtout des concerts en Angleterre et aux Etats-Unis. Fort de son succès, il devint un artiste reconnu et fortuné. Certains le comparèrent même à son idole, Paganini, tandis qu’il partagea la scène avec quelques uns des plus grands compositeurs de son époque.

Entre temps, en 1836, il épousa à Paris une jeune Française, Alexandrine Félicité Villeminot, dite Félicie. Elle lui donnerait six enfants, dont deux allaient malheureusement mourir en bas âge. Au gré de la carrière de Bull, le couple et leurs enfants déménagèrent régulièrement, entre Londres, Bergen et Paris.

En 1850, Ole Bull fonda le Théâtre national de Bergen, dont les deux premiers directeurs furent successivement les écrivains Henrik Ibsen et Bjørnstjerne Bjørnson. Quant à l’œuvre d’ouverture, ce fut une pièce musicale de Wergeland, dans laquelle figuraient des danses folkloriques et des violons du Hardanger.

De retour aux Etats-Unis en 1853, il acheta un immense terrain de 45 km² dans l’état de Pennsylvanie. Il avait le projet d’en faire une colonie d’immigrants scandinaves et le baptisa Oleana, un nom formé d’après son prénom et celui de sa mère. Ayant donné le nom de New Norway (Nouvelle Norvège) à sa colonie et de New Bergen à sa capitale, il parvint à attirer près de 300 migrants. Cependant, la terre étant en grande partie infertile, la colonie se dépeupla rapidement et Bull fut contraint de revendre le terrain.

Rentré en Norvège après une dernière tournée américaine, il conseilla en 1858 Edvard Grieg avant que celui-ci ne devînt un célèbre compositeur. Le frère de Bull étant marié à la sœur de la mère de Grieg, il était proche de la famille de ce dernier. Il lui proposa alors d’aller étudier au conservatoire de Leipzig, en Allemagne, afin de développer ses qualités de pianiste.

En 1862, Félicie décéda, âgée seulement de 43 ans. Après le drame, Bull continua les tournées en Europe et en Amérique, accompagné de son fils ainé, Alexander. Aux Etats-Unis, il rencontra Sara Chapman Thorp, une jeune Américaine de 20 ans. Il l’épousa en 1870 et eut une fille l’année suivante, prénommée Sara Olea.

En 1872, il acheta l’île de Lysøen, située sur la commune d’Os, près de Bergen. Il y fit construire une somptueuse villa, inspirée d’éléments d’architecture orientale, et s’installa dans son nouvel écrin dès l’année suivante. Nichée dans un fjord, la Villa Lysøen était là où il aimait se reposer entre deux tournées, mais aussi jouer pour son public dans sa salle de spectacle privée.

Il donna son dernier concert en Norvège à l’été 1879, dans sa villa, avant de retourner se produire aux Etats-Unis. A Chicago, il tomba gravement malade, atteint d’un cancer. Malgré son état de santé, il revint à Lysøen pour s’y éteindre, le 17 août 1880, à l’âge de 70 ans. Dans les derniers instants de sa vie, Sara lui joua sur l’orgue, à sa demande, le requiem de Mozart.

Inhumé le 23 août à Bergen, il reçut les honneurs d’une foule immense, laquelle disait au revoir à la première « superstar » norvégienne de l’histoire. Bjørnson et Grieg furent également présents et lui rendirent de vibrants hommages. Ole Bull laissa ainsi à la postérité plusieurs compositions, influencées à la fois par ses voyages à travers le monde et la tradition norvégienne, dont Recuerdos de Habana, Et Sæterbesøg (A Mountain Vision), Sætergjentens søndag (The Herd Girls Sunday) et Polacca Guerriera.

« La Mélancolie (I ensomme stunde) », interprétée par Henning Kraggerud

Aujourd’hui, la Villa Lysøen est devenue un musée dédié à Ole Bull. Léguée en 1974 par sa petite-fille Sylvea Bull Curtis, elle permet de retracer la vie de son illustre propriétaire dans un décor unique. On y découvre, entre autres, sa chambre, sa galerie des ancêtres et sa salle de musique. Les touristes peuvent également visiter l’île, avec ses chemins de randonnée, ses belvédères et sa nature remarquable.

Quant à la famille Bull, elle n’a eu de cesse de marquer l’histoire de la Norvège. Divisée en deux branches distinctes et arrivée depuis l’Angleterre entre les XVIème et XVIIème siècles, elle a pour quelques uns de ses illustres représentants le frère d’Ole Bull et architecte Georg Andreas Bull (1829-1917), l’ingénieur Fredrik Rosing Bull (1882-1925) ou bien le poète Olaf Bull (1882-1933). Les deux premiers appartiennent à la branche dite de Trondheim, tandis que le dernier est issu de la branche dite de Tønsberg. De nos jours, leurs descendants se font remarquer en tant que politiciens ou historiens, perpétuant l’influence de la famille Bull.

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