Sonja Henie, l’artiste sur glace

Sonja Henie possède un des plus beaux palmarès de l’histoire du patinage artistique mondial. Active des années 1920 à 1930, elle a décroché la plupart des titres internationaux mis en jeu. En tant qu’icône de sa discipline, elle a inspiré une génération entière par sa technique et son interprétation. Elle a également révolutionné son sport grâce à des innovations matérielles et artistiques, le faisant rentrer dans une nouvelle ère. Danseuse et actrice, elle a joué dans plusieurs films et fait les beaux jours de Hollywood. Aujourd’hui, on peut admirer sa statue tout près du parc Frogner, à Oslo.

Destins norvégiens, Episode 14 : Sonja Henie

Sonja Henie vint au monde le 8 avril 1912 à Oslo, alors appelée Christiania à l’époque. Elle était la seule fille de Wilhelm Henie et de Selma Lochmann-Nielsen. Avant de devenir négociant en fourrures, son père était un sportif accompli. En 1894, il remporta la médaille d’or aux championnats du monde de cyclisme sur piste, sur l’épreuve du 100 km. Il pratiquait également le patinage de vitesse et obtint la deuxième place aux championnats d’Europe en 1896.

Ainsi, Sonja et son frère Leif furent élevés dans la culture du sport. Dès son plus jeune âge, elle chaussa les patins et impressionna ses entraîneurs. Sur leurs conseils, elle pratiqua assidument le patinage artistique, tandis que son père engagea la ballerine russe Tamara Karsavina pour l’aider à progresser encore plus. Cependant, Sonja ne se contenta pas du patinage et fit le reste du temps du tennis, de la natation et de l’équitation. Inscrite au Oslo tennisklubb (OTK), elle décrocha même la troisième place aux championnats de Norvège en 1929.

Auparavant, en 1923, elle fut sacrée pour la première fois championne de Norvège de patinage artistique, alors âgée de seulement dix ans. L’année suivante, elle participa à Chamonix aux premiers Jeux Olympiques d’hiver de l’histoire. Elle termina à la huitième et dernière place, ce qui provoqua la colère de son père. Du fait de son jeune âge, il pensait que les juges ne l’avaient pas prise au sérieux et ainsi pénalisée.

En 1926, Henie obtint à Stockholm la médaille d’argent des championnats du monde, derrière l’Autrichienne Herma Szabo, championne olympique en titre. Elle s’aligna également en couple et prit, avec son partenaire Arne Lie, la cinquième place. L’année d’après, à Oslo, elle prit sa revanche sur Szabo et devint pour la première fois championne du monde. Sur le podium, elle devança l’Autrichienne et sa compatriote Karen Simensen.

En 1928, lors des Jeux Olympiques de Saint-Moritz, elle remporta la médaille d’or devant l’Autrichienne Fritzi Burger et l’Américaine Beatrix Loughran. A quinze ans, elle devint une des plus jeunes championnes olympiques de patinage artistique de l’histoire. La même année, à Londres, elle conserva son titre mondial.

En 1932, elle revint aux Jeux Olympiques de Lake Placid avec le statut de star internationale du patinage. Depuis son premier sacre mondial en 1927, elle avait remporté tous les championnats auxquels elle avait participé. En grande favorite, elle ne déçut personne et s’adjugea son deuxième titre olympique, devant encore une fois Fritzi Burger et l’Américaine Maribel Vinson.

Quatre ans plus tard, à Garmisch-Partenkirchen, elle partit à la conquête de son troisième sacre olympique d’affilée. Toujours invaincue en compétition internationale, elle était une nouvelle fois l’immense favorite. Devant Adolf Hitler, elle devança de justesse la Britannique Cecilia Colledge et la Suédoise Vivi-Ann Hultén et rentra définitivement dans l’histoire de son sport. Toutefois, en cette décennie si particulière, elle suscita la polémique lorsqu’elle accepta l’invitation à dîner d’Hitler dans son chalet de Berchtesgaden. A son arrivée, elle reçut une photo dédicacée du Führer, lequel exprimait publiquement son soutient à sa patineuse préférée. Plus tard, lors de l’occupation allemande en Norvège, cette même photo, affichée dans le salon de la maison des Henie, allait sauver cette dernière de la confiscation par les Nazis.

Enfin, toujours en 1936, elle décrocha à Paris sa dixième médaille d’or consécutive aux championnats du monde. Elle arrêta alors sa carrière amatrice, forte d’un riche palmarès auquel s’ajoutaient encore six titres de championne d’Europe et sept de championne de Norvège. De plus, avec Arne Lie en partenaire de couple, elle remporta à trois reprises les championnats nationaux. Tous ses sacres ayant été obtenus consécutivement, elle régna sans faille sur son sport, ne laissant jamais à ses adversaires le loisir de la battre.

Elle révolutionna le patinage artistique en portant, par exemple, pour la première fois en compétition une jupe courte et des patins blancs. Elle chorégraphia toutes ses prestations, s’appuyant sur ses talents de danseuse et conseillée par des entraîneurs venus du monde entier. Quant à ses parents, ils furent ses managers tout au long de sa carrière sportive.

Sonja Henie lors des Jeux Olympiques de 1928 à Saint-Moritz

Devenue professionnelle en 1936, elle signa un mois après les Jeux Olympiques un contrat avec un manager américain pour une tournée de spectacles sur glace. Après un show à Los Angeles, le producteur Darryl Zanuck lui fit signer un contrat avec la 20th Century Fox. La même année, elle joua le premier rôle dans le film musical One in a Million (Tourbillon blanc), réalisé par Sidney Lanfield. Comme dans tous ses films, elle agrémenta sa prestation d’actrice de performances sur la glace.

En 1937, elle tourna dans deux nouvelles comédies musicales : Thin Ice (Le Prince X) de Sidney Lanfield et Ali Baba Goes to Town (Nuits d’Arabie) de David Butler. Dans ce dernier film, elle joua son propre rôle lors d’une brève apparition. L’année suivante, elle se produisit dans Happy Landing (L’Escale du bonheur) et My Lucky Star (Le Mannequin du collège), tous deux réalisés par Roy Del Ruth.

En 1939, elle joua dans Second Fiddle (La Fille du Nord), une comédie musicale de Sidney Lanfield. Puis, dans Everything Happens at Night (Tout se passe la nuit), d’Irving Cummings, elle obtint un rôle plus dramatique tout en continuant les scènes de patinage.

En 1940, elle épousa l’homme d’affaires Dan Topping, grâce auquel elle reçut la citoyenneté américaine. L’année suivante, elle tourna dans Sun Valley Serenade (Tu seras mon mari), de H. Bruce Humberstone. Puis, en 1942, elle joua dans Iceland (Mariage sur la glace), une comédie musicale du même réalisateur et tournée en Islande.

Après l’entrée en guerre des Etats-Unis, comme beaucoup d’artistes américains, elle s’engagea auprès des militaires et soutint l’effort de guerre. Dans de camp de Little Norway, au Canada, où des soldats norvégiens s’entraînaient, elle donna des spectacles sur glace gratuits.

En 1943, John Brahm la dirigea dans Wintertime (Fleur d’hiver), puis en 1945, elle tourna dans It’s a Pleasure (La Fée blanche), réalisé par William Seiter. Dans ce seul film en Technicolor où elle joua, elle reprenait un rôle mélodramatique inspiré de A Star Is Born (Une Etoile est née), comédie musicale sortie en 1937. Cependant, la critique ne fut pas conquise par sa prestation, la préférant lorsqu’elle incarnait des personnages plus légers. Enfin, en 1948, elle renoua avec la comédie dans The Countess of Monte Cristo (La Comtesse de Monte Cristo) de Fred de Cordova.

Un an plus tard, elle se maria en secondes noces avec Winthrop Gardiner Jr puis intégra la troupe de Holiday on Ice. Dans ce nouveau cadre, elle se produisit en Norvège en 1953 et 1955, à chaque fois honorée par la présence de la famille royale norvégienne. Absente de son pays depuis son départ pour les Etats-Unis, elle fut triomphalement accueillie par ses compatriotes à son retour.

Après avoir raccroché les patins en 1956, elle épousa l’armateur norvégien Niels Onstad, également collectionneur d’art. Avec lui, elle créa le Henie Onstad Kunstsenter (Henie Onstad Art Centre), un musée d’art situé à Høvikodden, dans la commune de Bærum, au Sud-Ouest d’Oslo. Mais, atteinte d’une leucémie, elle décéda lors d’un vol Paris-Oslo, le 12 octobre 1969. Elle avait 57 ans.

Sonja Henie détient encore aujourd’hui le record de titres de championne du monde et de championne olympique en individuel. Seule la Russe Irina Slutskaya a fait mieux qu’elle aux championnats d’Europe avec sept titres, tandis que l’Allemande Katarina Witt n’a pu que l’égaler. Elle est ainsi considérée comme la plus grande patineuse de tous les temps. De plus, à l’instar de Kirsten Flagstad à la même époque, elle a atteint la célébrité aux Etats-Unis, faisant d’elle une star éternelle du show-business.

A suivre : Olav V, le roi du peuple

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