Haakon VII, le roi patriote

Il est le premier roi de Norvège depuis la fin du XIVème siècle. Après une longue période de domination danoise puis suédoise, Haakon VII est monté sur le trône du royaume de Norvège en 1905. Sous son règne, la pays a traversé l’histoire mouvementée du début du XXème siècle. Lors de la Seconde Guerre Mondiale, son rôle dans la résistance face au nazisme lui a valu les honneurs d’une statue à Bergen, dans le parc de Bergenhus.

Destins norvégiens, Episode 8 : Haakon VII

Lorsque le 3 août 1872, naquit au palais de Charlottenlund, Christian Frederik Carl Georg Valdemar Axel, prince Charles (ou Carl) de Danemark, personne n’imagina le destin qu’il allait avoir. Son père, le futur Frederik VIII, était le fils du roi de Danemark, Christian IX. Quant à sa mère, c’était Louise de Suède, fille du roi de Suède, Charles XV. Il était également le frère cadet du prince Christian, lequel allait accéder au trône du Danemark sous le nom de Christian X.

Issu de la maison de Glücksbourg (Glücksborg en danois), il avait parmi ses ancêtres plusieurs souverains danois, norvégiens et suédois. La famille de Glücksbourg était originaire du Nord de l’Allemagne, du duché de Schleswig-Holstein, devenue possession danoise au XVème siècle. Ainsi, la dynastie danoise portait le nom de Slesvig-Holsten-Sønderborg-Glücksborg, simplifié en Glücksborg.

Comme beaucoup de jeunes hommes de son rang, il entra à l’Académie Royale de Marine et en sortit en 1893 avec le grade de lieutenant. Le 22 juillet 1896, il épousa sa cousine la princesse Maud de Galles. Elle était la petite-fille de la reine Victoria et la fille du roi Edouard VII, ce qui faisait d’elle un membre à part entière de la famille royale britannique. Sa mère était quant à elle la princesse Alexandra, sœur du roi Frederik VIII de Danemark, père de son époux. Le mariage eut lieu à Londres, au Palais de Buckingham.

En cadeau de mariage, Maud et Charles reçurent de la part des parents de la mariée le palais d’Appleton House, situé dans le domaine de Sandringham, dans le comté de Norfolk. En ce lieu, le 2 juillet 1903, le couple accueillit son seul enfant, le prince Alexander Edward Christian Frederik.

En 1905, les événements qui se déroulèrent en Norvège allaient changer le destin du prince Charles et de sa famille. Le 11 février, à Stockholm, Sigurd Ibsen, fils de l’écrivain Henrik Ibsen, démissionna de son poste de premier ministre de la Norvège, alors unie à la Suède depuis 1814. Le jour même, à Oslo, le nouveau premier ministre, Christian Michelsen, engagea alors des négociations avec la Suède pour dissoudre l’union et obtenir l’indépendance de la Norvège.

Le 7 juin, le gouvernement de Michelsen déclara unilatéralement l’indépendance de la Norvège. Cependant, le roi Oscar II de Suède réclama la tenue d’un référendum avant d’éventuellement rendre sa couronne norvégienne. Le 13 août, le peuple norvégien se prononça à une très forte majorité en faveur de la dissolution de l’union et contraignit le roi de Suède à l’abdication. Enfin, le 13 novembre, un second référendum assura le maintien de la monarchie au détriment de la république, là encore à une grande majorité.

Entre temps, en juillet, le gouvernement envoya secrètement à Copenhague l’explorateur et diplomate Fridtjof Nansen, afin que celui-ci convainquît le prince Charles d’accepter le trône de Norvège. Pour Michelsen et ses acolytes, Charles était le candidat idéal. D’abord, sa lignée descendait en partie des derniers rois de Norvège, avant que l’Union de Kalmar de 1397 ne soumît le pays au Danemark. Ensuite, il avait déjà un fils qui pouvait lui succéder et une épouse membre de la toute puissante famille royale britannique, ce qui serait un avantage indéniable pour la Norvège.

Un autre candidat à la couronne était le prince Charles de Suède, troisième fils du roi Oscar II. Mais face au refus de son père, il dût rapidement renoncer à prétendre au trône. Ainsi, le 18 novembre, soit quelques jours après le référendum, Charles de Danemark fut officiellement élu nouveau roi de Norvège. Pour nom de règne, il choisit un prénom typiquement norvégien : Haakon (prononcé Hôkonn). Comme un symbole, le dernier roi norvégien était Haakon VI, mort en 1380. Désormais, Haakon VII allait régner sur un jeune royaume. Quant à son fils Alexander, il fut rebaptisé Olav.

Ce fut également à cette occasion qu’il choisit sa devise : Alt for Norge (Tout pour la Norvège). Cette phrase allait ensuite être reprise par ses successeurs ainsi que par des objets patriotiques, telles que des cartes postales ou des médailles.

Arrivé en Norvège le 25 novembre avec sa femme et son fils, il prêta serment deux jours plus tard. Le 22 juin 1906, il fut couronné roi en la cathédrale de Nidaros, à Trondheim. A ses côtés, Maud fut sacrée reine, tandis qu’Olav, âgé de presque trois ans, devint prince héritier. Alors qu’il n’était pas destiné à régner, Haakon VII montait sur le trône d’un royaume qu’il ne connaissait que peu. Il allait maintenant devoir apprendre à l’aimer et à être aimé.

Un rapport avec son peuple qui commença par un cadeau de sacre : la propriété de Kongsseteren. Située à Voksenkollen, sur les hauteurs d’Oslo, elle accueillit un chalet, construit en 1910 et utilisé comme résidence d’hiver par la famille royale.

Dès lors, Haakon VII voyagea énormément à travers la Norvège, à la rencontre de ses compatriotes. Très vite, il gagna en popularité et apprit même à skier pour s’approcher encore plus de son peuple. Il suivit les exploits des héros de la jeune Norvège, dont l’explorateur Roald Amundsen, lequel, lors de son expédition au Pôle Sud en 1911, nomma le plateau antarctique Plateau du Roi Haakon VII.

Après avoir garanti la neutralité de la Norvège et des pays scandinaves lors de la Première Guerre Mondiale, il refusa toutefois de s’immiscer dans la politique intérieure norvégienne. Il se contenta de son rôle symbolique, celui de représenter l’unité du royaume. Par exemple, ce fut sous son règne, en 1925, que la capitale norvégienne, alors appelée Christiania depuis 1624, retrouva son nom original d’Oslo. Par ce geste, la ville mais aussi le pays tiraient un trait sur l’influence danoise du passé.

Malheureusement, un drame subvint, lorsque le 20 novembre 1938, la reine Maud décéda subitement lors d’une visite en Grande-Bretagne. Elle serait ensuite inhumée à Oslo, en la chapelle d’Akershus.

Puis la Seconde Guerre Mondiale éclata, et le 9 avril 1940, l’Allemagne nazie envahit la Norvège. Alors que la flotte ennemie voulut prendre Oslo, les canons de la forteresse d’Oscarsborg, située sur le fjord d’Oslo, coulèrent un navire allemand et en endommagèrent un autre. Grâce à ce revers infligé aux nazis, le roi, sa famille et le gouvernement eurent le temps de quitter la capitale par le train. D’abord réfugiés à Hamar, ils se replièrent ensuite à Elverum, tandis qu’Oslo était déjà tombée aux mains des Allemands.

Le lendemain, par l’intermédiaire de l’ambassadeur d’Allemagne, Haakon VII reçut l’ordre d’Adolf Hitler de cesser toute résistance et de laisser le poste de premier ministre à Vidkun Quisling, chef du parti fasciste norvégien. En réponse, il refusa de céder à la requête des nazis, pendant que Quisling se déclara lui-même premier ministre d’un gouvernement fantoche, manipulé par Hitler.

Ensuite, fuyant les bombardements de l’aviation allemande, le cortège royal se réfugia à Molde, sur la côte Ouest, puis prit un bateau jusqu’à Tromsø. Un gouvernement provisoire s’y installa dès le 1er mai, en attendant son évacuation vers le Royaume-Uni. Et tandis que les Alliés abandonnèrent la Norvège aux Allemands pour continuer le combat en France, Haakon VII, sa famille et le gouvernement furent expatriés vers l’Angleterre le 7 juin. Ainsi, depuis Londres, le roi et son premier ministre Johan Nygaardsvold formèrent un gouvernement en exil et encouragèrent la résistance norvégienne.

Le 27 juin, les nazis demandèrent son abdication mais il refusa de nouveau de se soumettre aux ordres d’Hitler. Le 8 juillet, sur les ondes de la BBC, il confirma son intention de ne pas renoncer. Par la suite, il prononça régulièrement des discours à la radio, devenant un symbole fort de la résistance. Son monogramme, représentant un H et un 7 entremêlés, fut dès lors un signe de reconnaissance et un emblème utilisé par les résistants.

Monogramme du Roi Haakon VII

Par son engagement contre le nazisme et l’occupation allemande, il imita son neveu par alliance, le roi George VI d’Angleterre, dont il était proche. Son initiative pouvait aussi être rapprochée de celle de Charles de Gaulle. A l’inverse, il critiqua fermement la décision de la célèbre cantatrice Kirsten Flagstad de rentrer en Norvège au moment de l’invasion allemande.

A la fin de la guerre, la famille royale revint en Norvège le 7 juin 1945. Cinq ans jour pour jour après son départ de Tromsø, le roi fut acclamé par une foule nombreuse, venue se presser sur le port d’Oslo. Par sa détermination et son patriotisme dans cette période difficile, Haakon VII marquait de son empreinte encore un peu plus l’histoire de son pays.

Quant à sa descendance, elle était déjà assurée par la naissance de trois petits-enfants par le mariage du prince Olav avec la princesse Märtha de Suède : Ragnhild (née en 1930), Astrid (née en 1932) et Harald (né en 1937). Ce dernier, en tant que premier garçon, devint second héritier du trône après son père. En 1954, la princesse Ragnhild donna un premier arrière-petit-fils au roi, prénommé lui-aussi Haakon, suivi d’une arrière-petite-fille, Ingeborg, née en 1957.

Le 29 juin 1955, Haakon VII tomba dans sa salle de bains de la ferme royale de Bygdøy et se fractura le fémur. Forcé de rester dans un fauteuil roulant, sa santé déclina rapidement. Le 21 septembre 1957, il s’éteignit au Palais Royal d’Oslo, à l’âge de 85 ans. Ses funérailles, célébrées le 1er octobre, furent suivies par une immense foule, venue lui rendre un dernier et vibrant hommage. Il fut inhumé en la chapelle d’Akershus, aux côtés de son épouse la reine Maud. Son fils lui succéda alors sous le nom d’Olav V.

En 2016, le film Ultimatum (Konges nei), réalisé par le cinéaste norvégien Erik Poppe, relata le refus du roi Haakon VII de céder aux nazis. Très bien accueilli par la critique, il fut nommé aux Oscars dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère. Un destin hors du commun que le cinéma sublima enfin.

A suivre : Marit Bjørgen, la reine du ski

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