Les Samis, l’autre peuple du Nord

Dans le Nord de la Scandinavie, vit depuis des millénaires un peuple aux origines différentes de celles de la majorité de ses compatriotes. Installé en Laponie, dont le territoire s’étend sur la Norvège, la Suède, la Finlande et la péninsule de Kola en Russie, il défend sa propre culture et bénéficie d’une certaine autonomie politique et administrative. Appelés pendant longtemps « Lapons » par les étrangers, ils se présentent désormais sous le nom de « Samis » (parfois « Saami » ou « Sames » selon l’orthographe). Le premier terme dérivant d’un mot suédois signifiant « vêtus de haillons », ils préfèrent revendiquer leurs droits et leur existence par un mot de leur langue. En Norvège, où ils sont les plus nombreux, on estime leur population entre 60 000 et 100 000, mais seulement une minorité a décidé de vivre comme leurs ancêtres.

Arrivés en Scandinavie à la préhistoire, la date exacte de leur première présence fait débat et n’est pas encore bien définie. En revanche, il est avéré qu’ils habitaient déjà la région avant l’installation des populations germaniques venues du Sud. Ainsi, les Samis et les Vikings, lorsqu’il leur arrivait à l’occasion de se croiser, ont dû cohabiter sans toutefois s’entendre à merveille au départ. Ce qui est également sûr, c’est qu’ils sont originaires d’Asie, et plus précisément de l’Oural, ce qui les rapproche d’un point de vue génétique de populations sibériennes actuelles, tels que les Samoyèdes.

Éleveurs de rennes, pêcheurs et chasseurs-cueilleurs, ce mode de vie traditionnel n’est plus partagé que par une petite partie d’entre eux. Ces derniers, qui ont choisi de suivre les enseignements de leurs ancêtres, perpétuent une culture riche mais aussi très diverse. En Norvège, on distingue ainsi trois principales branches samies : les Samis du Nord, les Samis de Lule et les Samis du Sud. Une différence qui s’exprime par exemple dans la langue, celle-ci appartenant à la même famille que le finnois et l’estonien mais s’éloignant largement du norvégien et du suédois. Enfin, au sein même des langues samies, des divergences dues aux influences germaniques plus ou moins importantes favorisent la diversité culturelle entre les communautés. Cependant, tous les Samis se reconnaissent en une nation autochtone. Ils ont également adopté une fête nationale célébrée le 6 février ainsi qu’un hymne et un drapeau communs.

Drapeau sami adopté le 15 août 1986

De plus, en Norvège, en Suède et en Finlande, les Samis jouissent d’une autonomie leur permettant d’avoir un parlement pour lequel ils élisent régulièrement des députés. Ce système politique et administratif encourage la protection de la culture samie et assure la pérennité d’une identité nationale, après des siècles d’humiliation et d’assimilation forcée. Pour les Samis de Norvège, c’est à Karasjok, au cœur du Finnmark, que se situe depuis le 9 octobre 1989 leur parlement, ce qui donne à la ville le statut de capitale des Samis.

Quant à leur culture à proprement parler, l’image qui nous vient le plus souvent à l’esprit est celle de leurs tenues colorées, en général à dominante rouge et bleu et agrémentées d’autres couleurs tout aussi vives. Au-delà de la confection de leurs costumes, leur artisanat se distingue aussi dans la fabrication d’objets du quotidien à partir de matières premières telles que le bois, l’os ou le bois de renne. Ainsi, on trouve des objets comme des couteaux, du matériel de cuisine ou des instruments de musique, tous ayant une réelle utilité plus qu’un caractère purement décoratif.

L’élevage des rennes, primordial, est une autre figure emblématique de la culture samie, à tel point qu’il fait l’objet de règles très strictes et même d’une matière scolaire dans quelques établissements. Certains éleveurs considèrent leur troupeau, pouvant largement dépasser les mille têtes, comme une richesse personnelle incomparable, plus que leur propre compte en banque. Base de leur alimentation (viande et lait) et de leur artisanat (peaux, bois, os…), le renne est au centre de la culture du peuple sami.

La gastronomie samie, elle, se contente des ressources naturelles qu’offre leur territoire : les rennes issus de l’élevage mais aussi les produits de la pêche, de la chasse et de la cueillette. Les Samis consomment de nombreuses sortes de baies et de plantes ainsi que certaines espèces de lichen. Quant aux écorces du bouleau et du pin, elles sont transformées en farine et servent à faire du pain. Aujourd’hui, ces recettes traditionnelles sont reprises par des chefs cuisiniers qui les remettent au goût du jour.

Enfin, la langue, part importante de l’identité samie, est également mise à l’honneur. Lorsque la Norvège a ratifié en 1990 la convention internationale pour les peuples indigènes, un nouvel effort en ce sens a été fait, confirmant les précédents. Depuis des années, la chaîne publique norvégienne NRK émet des programmes radiophoniques et télévisés en sami via un canal dédié. Il existe aussi des journaux écrits en sami, lesquels paraissent régulièrement dans les régions habitées par des Samis, tandis qu’il est courant de voir des panneaux bilingues. De plus, la langue est enseignée dans les écoles locales dès le premier cycle et dans les universités. Cependant, elle demeure menacée d’extinction en raison d’un faible nombre de locuteurs.

En plus d’un enseignement consacré, la langue samie se transmet encore par la musique et le chant traditionnel des Samis : le joik. Ce type de chant se remarque par ses mélodies particulières, produites depuis le fond de la gorge. Unique d’un individu à l’autre, la mélodie chantée se présente comme une identité vocale propre à chacun. Si certains joiks se composent de paroles intelligibles, d’autres ne sont que des successions de voyelles, d’onomatopées ou d’imitations de cris d’animaux. Parfois accompagné du son du tambour, le joik est à l’origine un chant religieux associé au chamanisme et célébrant les forces de la nature. Longtemps considéré comme diabolique et interdit par les missionnaires chrétiens, il est depuis le milieu du XXème siècle un moyen d’expression et de revendication. Cette année, il a même eu son quart d’heure de gloire lors du concours de l’Eurovision, où le groupe norvégien KEiiNO l’a intégré dans sa chanson. Finalement, la Norvège a terminé à une honorable 6ème place après avoir remporté le vote du public.

Prestation du groupe KEiiNO à l’Eurovision 2019

Le joik étant un chant religieux, il renvoie au chamanisme, la religion ancestrale des Samis. Les éléments de la nature y sont vénérés, des dieux et des esprits règnent sur le monde et des animaux tels que l’ours, le loup ou le renne disposent de rôles prépondérants. Suite à la politique d’assimilation orchestrée par les différents pays où les Samis se sont installés, ils se sont contraints à se convertir au christianisme et en particulier au protestantisme. Désormais, grâce à la levée des interdits, la mode est au syncrétisme. Les pratiques religieuses traditionnelles et les interventions des chamanes se mêlent volontiers aux célébrations chrétiennes, ce qui résulte en une sorte de néo-paganisme, dont une partie sert surtout à attirer les touristes.

Le tourisme qui est d’ailleurs une force économique majeure pour les Samis, lesquels font régulièrement découvrir leur culture à de nombreux curieux venus du monde entier. Balades sur des traîneaux tirés par des rennes, séjours dans des tentes traditionnelles (lavvu) ou initiations à des rites chamaniques, toutes ces activités assurent des souvenirs indélébiles aux touristes. De surcroît, c’est sur une grande partie de leur territoire que l’on peut admirer, en hiver, les aurores boréales, et en été, le soleil de minuit.

En Norvège, les Samis se répartissent sur les quatre comtés les plus septentrionaux : le Trøndelag, le Nordland, le Troms et le Finnmark, ce dernier étant le plus représentatif de leur communauté. C’est aussi dans ce comté que se trouvent les villes les plus importantes de la culture samie comme Karasjok, Kautokeino, Alta ou Lakselv. Alors qu’il subsiste malheureusement encore des actes de discrimination envers eux, les Samis sont fiers de leur identité et luttent sans cesse pour la préservation et le rayonnement de leur culture.

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