Petite histoire des noms et prénoms norvégiens

Comme dans la plupart des pays européens, les prénoms les plus portés en Norvège sont d’origine latine (Martin, Pål, Marius/Julie, Emilie, Cecilie), grecque (Filip, Steffen, Petter/Katrine, Sofie, Therese), hébraïque (Johannes, Mikkel, Jakob/Anne, Elsa, Marie) et germanique (Henrik, Karl, William/Louise, Emma, Mathilde), mais aussi et surtout norroise. Ces derniers, qui sont les plus courants, viennent de la langue des Vikings, et sont donc cousins de ceux d’origine germanique. Parmi eux, on retrouve des prénoms portés par des rois de Norvège, tels que Svein, Eirik, Sverre, Håkon, Olav et Harald. Leurs significations, si l’on se rapporte à leur étymologie, rappellent souvent la force et la famille. Ainsi, « Harald » est issu de deux racines norroises signifiant « armée » et « maître », tandis que « Håkon » peut se traduire par « fils de haut rang ».

D’autres prénoms se réfèrent aux animaux, comme Bjørn (ours), Arne ou Ørn (aigle) et Ulf (loup), ou bien à la mythologie, comme Thor, qui peut s’écrire avec diverses orthographes et se rapporte au dieu du tonnerre. De plus, il est possible d’associer deux prénoms pour en créer un seul. Certains semblent imaginer des animaux hybrides, tels qu’Arnbjørn (aigle + ours) ou Ørnulf (aigle + loup), ou associent, par exemple, le prénom Thor à d’autres patronymes, tels que Thorbjørn, Thorleif ou bien Thorstein. Quand ils ne forment pas un seul nom, les prénoms composés sont liés par un tiret ou par un simple espace, ce dernier modèle constituant une variante très courante.

Quant aux prénoms féminins, plusieurs d’entre eux ont franchi les frontières de la Scandinavie et sont devenus plus ou moins populaires à l’étranger, comme Astrid, Ingrid, Solveig et Liv. Souvent plus poétique et moins guerrière que pour leurs homologues masculins, l’étymologie de ces prénoms rappelle certaines divinités, comme Astrid, qui se définit comme « beauté » ou « aimée des dieux », ou Ingrid, dont la signification est « beauté d’Ing », Ing étant l’ancien nom du dieu Freyr. Concernant Solveig, il veut dire en norvégien moderne « chemin du soleil », bien que ses racines norroises ne soient pas complètement claires quant à son véritable sens. Enfin, Liv a deux interprétations : soit « vie » (comme en norvégien d’aujourd’hui), soit « protection » (du norrois « hlif »).

Comme pour les prénoms masculins, les noms féminins peuvent être composés. Par exemple, le prénom Bjørg, qui signifie également « protection », s’associe pour donner Ingebjørg, Torbjørg ou Gunnbjørg. Sinon, il n’est pas rare de donner deux prénoms seulement séparés par un espace. De plus, les diminutifs sont très fréquents, mais ont, pour beaucoup, la caractéristique de ne conserver que les dernières syllabes. Ainsi, pour ne citer que ceux-là, Susanne, Kristine, Helene, Margrete, Charlotte et Katrine deviennent Sanne, Stine, Lene, Grete, Lotte et Trine. Ce mode de diminutif s’applique aussi, mais en moindre mesure, pour les prénoms masculins, comme Aleksander, lequel devient Sander.

D’autres prénoms très répandus sont issus de troncation de formes plus longues. Comme Johannes, équivalent du français Jean, qui se décline en de nombreuses formes plus courtes : Johann, Johan, John, Jon, Jan, Jens, Hans et Hannes. Déclinable au féminin, cela donne Johanne, Jonne, Janne et Hanne, mais aussi Jannicke et Jeannette, avec l’ajout d’un suffixe. D’ailleurs, le suffixe -ette, emprunté au français, se rencontre dans beaucoup de prénoms populaires, tels que Henriette ou Annette. On peut aussi rajouter -ikke(n), comme dans Henrikke et Annikken ou bien -ine, comme dans Andrine et Karoline. Ces deux derniers prénoms sont les formes féminisées d’André (ou Anders) et Karl.

En 2019, d’après le bureau national des statistiques, les prénoms les plus donnés aux nouveaux-nés sont les suivants :

  • Prénoms féminins les plus donnés (nombre de filles baptisées ainsi)
  1. Emma (393)
  2. Nora/Norah (379)
  3. Sofie/Sophie (326)
  4. Ella (319)
  5. Olivia (303)
  6. Ada (291)
  7. Sofia/Sophia (271)
  8. Sara/Sarah/Zara (265)
  9. Maja/Maia/Maya (260)
  10. Ingrid (258)
  • Prénoms masculins les plus donnés (nombre de garçons baptisés ainsi)
  1. Jakob/Jacob (423)
  2. Lucas/Lukas (392)
  3. Filip/Fillip/Philip/Phillip (387)
  4. Oskar/Oscar (358)
  5. Oliver (353)
  6. Emil (347)
  7. Henrik (339)
  8. William (333)
  9. Noah/Noa (314)
  10. Aksel/Axel (311)

La tendance est aux prénoms court, lesquels sonnent relativement bien à toutes les oreilles et sont faciles à épeler. On remarque aussi que certains d’entre eux sont partagés et inspirés par de grandes figures du sport norvégien, telles que la footballeuse Ada Hegerberg, Ballon d’Or 2019, et les frères Henrik, Filip et Jakob Ingebrigtsen, athlètes plusieurs fois sacrés aux championnats d’Europe sur 1 500 et 5 000 m. Quant à Nora, c’est le prénom de l’iconique héroïne féministe créée par Henrik Ibsen dans sa pièce « Une maison de poupée ». A noter également que chaque prénom a son « navnedag », son jour de fête (photo en une avec l’exemple du mois de mars), lequel n’est pas toujours lié à un saint ou une sainte. Pour des prénoms équivalents, les jours où ils sont fêtés ne sont pas forcément non plus les mêmes par rapport au calendrier français.

Concernant les noms de famille, ils présentent des particularités typiques de la culture et de l’histoire norvégiennes. De plus, il existe dans la loi une spécificité quant à l’ordre des prénoms et noms d’une personne. Ainsi, entre le prénom (fornavn) et le nom de famille (etternavn), il est possible d’intercaler un nom intermédiaire (mellomnavn). Ce nom, quand il est donné à la naissance, est le nom de famille de la mère. Il ne fait pas partie du nom de famille, qui est celui du père, mais est plutôt un nom personnel, même s’il peut être présent dans le cadre officiel. Ainsi, dans le cas fictif de Sven Berg Olsen, le prénom est Sven, le nom intermédiaire est Berg (nom de famille de la mère) et le nom de famille est Olsen (nom de famille du père). Pour les femmes mariées, le nom intermédiaire peut être leur nom de jeune fille (nom de famille du père), tandis que leur nom de famille est celui du mari. Cependant, il est aussi possible d’accoler les deux noms de famille par un trait d’union, qu’importe l’ordre et aussi bien pour l’homme que pour la femme. De ce fait, un homme marié peut placer le nom de famille de son épouse avant le sien. Ces règles sont également valables en Suède et au Danemark.

Jusqu’à la fin du XIXème siècle, les noms de famille n’existaient pas en Norvège, mais uniquement les patronymes. Pour les garçons, il était formé du prénom du père, d’une éventuelle marque du génitif en -s et de la terminaison -son. Pour les filles, la terminaison était -dotter. Par exemple, Harald Eriksson signifie Harald fils d’Erik et Ingvild Gudmundsdotter se traduit par Ingvild fille de Gudmund. Les variantes -søn et -datter étaient aussi utilisées. D’ailleurs, un système similaire est toujours en cours en Islande.

En plus de leur patronyme, certains Norvégiens avaient pris l’habitude de rajouter à leur nom un toponyme, c’est-à-dire le nom du lieu où ils habitaient, soit un village soit une ferme. Ce toponyme, qui s’apparentait à une adresse, changeait en fonction des déménagements de ceux qui le portaient, jusqu’à ce qu’il devienne un véritable nom de famille qui se transmet tel quel de génération en génération. Aujourd’hui, d’après les recensements, 70% des différents noms de famille en Norvège sont issus d’un toponyme. Les noms en -sen, dérivés des anciens patronymes, représentent à peu près 25% du total. Les 5% restant sont, quant à eux, tirés d’un métier ou d’origine étrangère. Toutefois, malgré leur part réduite en terme de variété, ce sont les noms en -sen qui sont les plus courants en terme de population. Ainsi, Hansen, Johansen et Olsen sont les noms les plus portés.

Très diversifiée, l’origine de chaque toponyme peut être reconnue par le dernier élément qui le compose, lequel peut aussi être le seul. Lorsqu’il y en a au moins deux, le premier composant est généralement un nom commun, un adjectif ou un prénom qualifiant le toponyme. En revanche, les dialectes locaux ou anciens influent parfois sur l’orthographe et le vocabulaire, lesquelles formes ne se trouvent donc pas dans les dictionnaires norvégiens actuels.

Lorsqu’il s’agit d’une habitation, le nom se termine par exemple en -hus (maison), -gård/gaard (ferme), -bu (cabane), -heim (maison) ou -seter/sæter/set/seth/sæth (ferme d’alpage). Issus de la même racine que le verbe « bo », qui signifie « habiter », d’autres vieux mots comme -bø(e), -bo(e) ou -bøl désignent une localité. Pour les villes et les villages, les toponymes se finissent généralement en -by ou -sted/stad, tandis que le terme -land se réfère à une terre ou un domaine. Les aménagements du territoire que sont -bro/bru (pont) ou -sti/stig (chemin) se rencontrent aussi.

Les différents types de reliefs sont également très courants, comme -berg (montagne), -haug (colline), -bakke (côte), -ås/aas (colline) et -li (flanc de montagne). Quant aux éléments du paysage, on les retrouve dans -øy (île), -dal/dahl (vallée), -vik (baie), -nes (péninsule), -holm (îlot ou écueil), -sund (détroit), -strand (plage) ou -myr (marécage). L’eau étant omniprésente en Norvège, elle apparaît naturellement dans des toponymes comportant -strøm (cours d’eau), -å/aa (ruisseau), -sjø (lac), -foss (cascade), -bekk (ruisseau) ou bien -os (estuaire). Enfin, la végétation a aussi inspiré beaucoup de noms de famille, tels ceux comprenant les mots -skog, -holt, -lund (tous signifiant « forêt » ou « bois »), -voll/vold, -eng, -mark (pré), -mo (lande) et -hage (jardin ou pâture). Ayant la même racine que la forme actuelle « rydning », le vieux mot -rud se réfère à une clairière ou un terrain défriché.

Tous ces éléments peuvent se combiner entre eux (Sundby, Nesbø, Bystrøm, Holmefjord, Bergsgård, Moseteråsen…) ou, comme précisé précédemment, avec d’autres idiomes : Nordhaug (« colline du Nord »), Østberg (« montagne de l’Est »), Nystad (« nouvelle ville »), Grøndal (« vallée verte »), Olsbu (« cabane d’Ole »)… De plus, la marque de l’article défini -en, -et ou -a peut s’ajouter à la fin : Moen (« la lande »), Berget (« la montagne »), Hagen (« le jardin »), Vika (« la baie »), Bjørndalen (« la vallée de l’ours »)… D’autres changent d’orthographe, notamment quand ils sont isolés, tels que Moe, Lie, Dahl, Næss, Wold ou encore Myhre.

Enfin, très minoritaires, les noms de métier se rencontrent par exemple grâce à Møller (meunier) et Jæger (chasseur). Globalement, les noms de famille norvégiens ne sont jamais très compliqués, bien que pas toujours facilement prononçables pour un étranger. De ceux de deux lettres, comme Bø, Ek et Aa, aux plus longs, comme Grøttumsbråten, Kristoffersen et Ullevålseter, ils sont variés et reconnaissables entre tous.

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