La Norvège championne de l’inclusivité

Déjà en tête du classement de l’indice de développement humain (IDH), la Norvège a un autre titre de championne du monde à afficher. Celui de l’inclusivité. Ainsi, d’après un rapport de l’Institut sur l’Altérité et l’Appartenance (Othering and Belonging Institute) de l’Université de Berkeley, en Californie, la Norvège occupe les toutes premières places de l’index sur l’inclusivité, et ce, depuis au moins 2016. Le rapport, qui comprend les résultats complets de 132 pays, est renouvelé tous les ans après l’étude d’une importante base de données. Mais qu’entendons-nous par « inclusivité » ?

Comme ses racines l’indiquent, l’inclusivité se construit sur l’action d’inclure. Elle est donc, par définition, le contraire de l’exclusion. Dans le cas du rapport de l’Université de Californie, elle se traduit par l’intégration dans la société de toutes les différences, à travers l’acceptation et la participation des divers groupes identitaires présents dans la population. Les critères pris en compte sont donc l’origine ethnique, la religion, le genre, le handicap et l’orientation sexuelle. Pour établir le classement, les auteurs du rapport ont alors étudié à quel point les porteurs de ces différences et de ces identités étaient intégrés dans la société. Et la Norvège est parmi les meilleures au monde.

Plus précisément, le rapport se divise en six catégories : la population générale, l’origine ethnique, l’égalité homme-femme, l’orientation sexuelle, la religion et le handicap. D’après les auteurs, une population générale inclusive se caractérise par un faible taux de criminalité, une forte participation civique et des lois et règles qui s’appuient sur les valeurs humaines. Elle invoque un sens aigu des responsabilités et permet une faible disparité entre les revenus. La Norvège dispose d’un indice de 0,8859 (0,5915 pour la France, -1,1701 pour les Etats-Unis et 0,5165 pour le Canada).

Ensuite, et toujours selon le rapport, la diversité ethnique peut être bénéfique pour la société à condition qu’il y ait une forte participation de chacun, qu’importe leur origine. Une intégration réussie est un environnement dans lequel tout le monde est égal, ainsi qu’un acteur de la société. L’indice de la Norvège est de 0,7507 (0,6642 pour la France, 0,4000 pour les Etats-Unis et 0,4852 pour le Canada).

Autre vecteur, l’égalité homme-femme se détermine par la capacité des femmes à participer à toutes les facettes de la vie sociale, économique et politique. L’égalité des genres est renforcée par des lois en faveur du droit des femmes. La Norvège a un score de 0,8974 (0,9018 pour la France, -1,2170 pour les Etats-Unis et 0,4543 pour le Canada).

De plus, une société inclusive respecte la diversité sexuelle, sans distinction. Elle assure la sécurité des personnes homosexuelles et transgenres, punit sévèrement par la loi tout acte de discrimination et de violence envers elles et leur permet de participer activement à la vie politique et économique. Le score de la Norvège est de 2,0856 (0,4936 pour la France, 0,8846 pour les Etats-Unis et 1,8433 pour le Canada).

D’autre part, les discriminations religieuses ont des effets néfastes sur les aspects socio-culturels, économiques et politiques de toute société. La violence et le manque de reconnaissance et de protection des minorités religieuses conduisent à l’inégalité. La Norvège a un indice de 0,1817 (-1,1309 pour la France, -0,1853 pour les Etats-Unis et 0,5475 pour le Canada).

Enfin, une société inclusive offre aux personnes en situation de handicap une vie digne et un environnement dans lequel elles se sentent libres et en sécurité. Une politique inclusive permet aux handicapés de trouver un travail et progresser dans leur vie professionnelle, d’être actifs sur la scène politique et de bénéficier de protections contre les discriminations. L’indice de la Norvège est de 1,1556 (1,1556 pour la France, 1,1556 pour les Etats-Unis et 0,2557 pour le Canada).

Au total, la Norvège dispose d’un indice de 0,9937, soit un niveau qualifié de « haut » par les auteurs du rapport. A titre de comparaison, la France a un indice de 0,4459, pour un niveau cependant qualifié de « haut » également. L’indice total des Etats-Unis est de -0,0220, un score négatif qui leur vaut un rang dit « moyen ». Enfin, le Canada a un score de 0,6837 pour une appréciation dite « haute ». Seuls trois pays ont un score supérieur à 1 : les Pays-Bas, la Nouvelle-Zélande et la Suède.

Toutefois, le rapport ne se base que sur les lois, les politiques et les institutions de chaque pays plutôt que sur leur force économique, ce qui permet à beaucoup de pays en voie de développement de faire mieux que les pays les plus riches. Certains faits qui ne sont pas inscrits dans la loi peuvent donc ne pas être pris en compte dans les résultats. L’inclusion peut aussi faire partie de la culture sans devoir être forcément rappelée par la loi.

En Norvège, on apprend dès le plus jeune âge l’acceptation de tous. Par exemple, les élèves des écoles norvégiennes ont des cours d’éthique, un peu l’équivalent des cours d’éducation civique en France, qui leur inculquent ces valeurs. De plus, 96% des Norvégiens étudient dans des écoles publiques, dont l’enseignement est gratuit et accessible à tous. Le système éducatif, qui s’adapte à l’élève et non l’inverse, est fondé sur l’inclusion. Son rôle est de donner aux jeunes les clefs de leur ascension sociale et de les former à être des acteurs de la société, mêlant intérêt commun et intérêt particulier, quelque soit leur profil. Il ne met jamais les élèves en compétition les uns contre les autres et ne les juge pas comme « bons » ou « mauvais ». Même s’il ne forme pas des « génies », il ne fait jamais des « cancres », et c’est pour cela qu’il est classé parmi les meilleurs systèmes éducatifs au monde.

Ensuite, dans le monde adulte et la vie professionnelle, les Norvégiens retrouvent les valeurs qu’ils ont appliquées à l’école. La mixité, dans son sens le plus large, se rencontre dans beaucoup d’entreprises et d’institutions. Par exemple, la Norvège est parmi les pays comptant le plus de personnes LGBT siégeant au parlement, dont l’assemblée est déjà formée d’autant d’hommes que de femmes. Le mariage homosexuel a été légalisé en janvier 2009 et les couples peuvent adopter et avoir des enfants par procréation médicalement assistée. Concernant l’égalité homme-femme, les Norvégiens disent souvent que la femme est un homme comme les autres et inversement. Aussi, mais dans un autre registre, les rapports hiérarchiques au sein de l’entreprise ne sont pas autant marqués qu’en France. Une autre étude a également démontré que la Norvège est un des pays où l’on se fait le plus confiance.

Quant au handicap, il y a quelques années, une publicité norvégienne faisait l’apologie de l’embauche d’aveugles en entreprise, le tout avec beaucoup d’humour.

Evitez les scandales au travail, engagez un aveugle

Preuve de diversité, Oslo, la capitale, est la ville la plus cosmopolite de Norvège. Ce qui lui doit son surnom de Tigerstaden, la Ville du Tigre. D’abord un terme péjoratif inventé à la fin du XIXème siècle par l’auteur norvégien Bjørnstjerne Bjørnson, qui se moquait de son manque de personnalité car elle se camouflait derrière l’influence suédoise, l’image du tigre a ensuite été détournée à l’avantage de la ville. Elle fait désormais référence à ses multiples facettes socio-culturelles et aux populations étrangères qui s’y sont installées au fil des années et intégrées à la société.

Les premiers étrangers à arriver en Norvège étaient en majorité des Pakistanais, venus travailler dans le secteur pétrolier, juste après la découverte de réserves de pétrole en Mer du Nord au début des années 1970. En même temps, des jeunes Vietnamiens ont été accueillis, ceux que l’on surnommait les boat-people, des réfugiés qui fuyaient la guerre du Vietnam. Leurs enfants et leurs petits-enfants nés en Norvège ont alors formé les premières générations de descendants d’immigrés.

Aujourd’hui, en plus des nationalités précédentes, la plupart des étrangers ou des Norvégiens d’origine étrangère viennent de Suède, du Danemark, d’Allemagne, de Pologne, de Lituanie, de Russie, d’Irak, de Syrie, du Maroc, de Somalie, d’Ethiopie, d’Erythrée, de Thaïlande et des Philippines. Beaucoup d’entre eux sont venus pour le travail, tandis que d’autres sont arrivés avec le statut de réfugiés. Si, comme dans nombre de pays d’accueil, le problème du racisme existe, ils bénéficient de cet environnement inclusif qui facilite leur intégration.

On dit souvent que la culture luthérienne, cet héritage protestant que l’on rencontre dans le Nord de l’Europe, induit une largesse d’esprit et une pensée moderniste. Mais faut-il obligatoirement reposer sur une telle tradition pour être inclusif ou juste le vouloir et s’en donner les moyens ? Voici une question de volonté et de mentalité à longuement méditer.

3 commentaires sur « La Norvège championne de l’inclusivité »

  1. Des cours d’éthique en Norvège, c’est très bien. Ce serait une pure utopie de mettre cela en place en France…
    Quant à la vidéo : elle est bien connue par les anglophones !

    Aimé par 1 personne

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