La hytte, ce petit coin de bonheur

On pourrait la résumer à une maison de campagne, mais c’est bien plus que cela. La hytte (prononcer « hu-te ») est une petite maison située généralement en pleine nature, à la montagne ou au bord de la mer, où les familles norvégiennes viennent passer régulièrement le weekend ou les vacances. D’après les chiffres, une famille sur trois dispose d’une hytte, ce qui fait de la Norvège le pays où il y a le plus de résidences secondaires par habitant. De plus, elle est partie intégrante de ce que l’on appelle le bonheur à la norvégienne, un bonheur qui se satisfait des petits plaisirs de la vie.

Dans la plupart des cas, les hytter ne sont pas très grandes, se contentant de deux à trois pièces principales. Toujours construites en bois, elles peuvent avoir le toit recouvert d’herbe, comme dans la tradition scandinave. En effet, les toits végétalisés sont garants d’une excellente isolation thermique naturelle, tant en hiver qu’en été. Le seul inconvénient serait qu’il faut, au moins une fois dans l’année, grimper sur son toit avec sa tondeuse à gazon ou sa débroussailleuse.

Quant à leur emplacement, il n’est jamais choisi au hasard. Si le point de vue est imprenable ou si le décor est digne d’une carte postale, c’est l’endroit parfait pour une hytte. Ainsi, certaines d’entre elles se trouvent en hauteur, à la lisière d’une forêt, ou bien sur un îlot, à quelques encablures de la côte, auquel on ne peut accéder qu’en prenant une barque. Les rives d’un lac, les berges d’une rivière ou les bords d’un fjord sont d’autres écrins de choix.

Bien que d’un confort relativement spartiate, les hytter offrent une atmosphère chaleureuse et épurée, directement liée au concept du kos. Le kos, qui peut se traduire par « bien-être », désigne en réalité les plaisirs simples que prodiguent un foyer ou une activité de la vie quotidienne. Une tasse de café ou de chocolat chaud, un feu qui crépite dans un poêle quand il fait froid et un livre à lire en mangeant des gaufres, tels sont quelques uns de ses ingrédients.

D’ailleurs, les hytter ne sont pas toutes reliées au réseau électrique ni à l’eau courante. Lorsqu’elles le sont, elles possèdent souvent un simple coin cuisine, une salle d’eau et un sanitaire. Dans les autres cas, il est fréquent que les toilettes et les douches se trouvent à l’extérieur. Il est aussi possible de se détendre dans un sauna ou un bain nordique, c’est-à-dire une grande baignoire en bois située dehors, qu’importe la météo.

Un autre concept est également rattaché aux hytter : le friluftsliv. Littéralement traduit par « vie à l’air libre », le friluftsliv sacralise les activités de plein air et le contact avec la nature. Que ce soit de la randonnée, du cyclisme ou du kayak en été, ou du ski de fond ou du patin à glace en hiver, la hytte est souvent le point de ralliement des pratiquants. On y revient de ses escapades pour se reposer et passer un bon moment de réconfort. Cela est aussi valable pour des activités moins sportives, comme la chasse ou la pêche.

De plus, la hytte peut être associée à un autre type d’habitation : le rorbu. En majorité présents dans le Nord de la Norvège, et particulièrement aux îles Lofoten, les rorbuer sont des cabanes de pêcheurs construites sur pilotis, le long du littoral. Souvent peints en rouge, ils servaient autrefois à décharger et entreposer la morue lors des campagnes de pêche hivernales. Désormais, ils sont aménagés et loués aux touristes qui souhaitent y passer au moins une nuit.

Les hytter, elles aussi, sont accessibles aux touristes, notamment dans ce qui ressemble à des campings. Ainsi, les douches et sanitaires peuvent être collectifs, mais aussi individuels. On peut également louer une hytte isolée dans la nature, pourvue ou non d’électricité et d’eau courante. Les prix sont variables, dépendant du niveau de confort et de l’emplacement, allant en moyenne d’une quarantaine à plus de cent euros la nuit (photo en une : Gamlestugu hytte, Ål).

L’attachement des Norvégiens à leur hytte est si fort, que lors du confinement à cause de la pandémie de covid-19, le gouvernement avait interdit à la population de se rendre dans sa hytte sous peine d’une très forte amende (environ 1 500 euros) ou de 10 jours de prison. On dit qu’aucune autre décision politique n’avait auparavant causé autant de contrariété, voire de colère, chez les Norvégiens.

Enfin, la passion pour les hytter des Norvégiens crée des problèmes écologiques, surtout au moment de leur construction. Chaque nouvelle famille qui souhaite avoir la sienne engendre des travaux de défrichement, de terrassement et de raccordement qui défigurent le paysage et fragilisent les sols. D’autant plus qu’il faut aussi construire des routes qui y mènent. Ainsi, sous prétexte de vouloir se rapprocher de la nature, les propriétaires de hytte participent d’une certaine façon à sa dégradation. Cette question commence à faire beaucoup parler et pourrait mener à un changement des habitudes.

En attendant, et quand la situation le permet, la hytte est ce petit espace de bonheur simple, élément à part entière de la culture norvégienne. Une tradition partagée avec les voisins suédois et finlandais, lesquels l’appellent « stuga » pour les premiers et « mökki » pour les seconds. Différente du chalet alpin ou de la datcha russe, la hytte est incomparable et indissociable de l’art de vivre à la scandinave.

Pour plus d’informations sur la location de hytter, visitez cette page de Visit Norway.

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