Le succès des voitures électriques

La Norvège a beau être exportatrice de gaz naturel et de pétrole, sa politique environnementale a pour objectif d’émettre le moins possible de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Comme un paradoxe écologique, les autorités souhaitent diminuer drastiquement l’utilisation des produits issus d’hydrocarbures sur leur territoire, parmi lesquels les carburants. La solution de la voiture électrique, appelée « elbil » en norvégien, a donc semblé comme une évidence.

Dès le début des années 2010, le gouvernement norvégien a mis en place des avantages quant à l’achat de véhicules électriques. La TVA, à hauteur de 25%, est exemptée et les places de stationnement et les péages sont gratuits. Grâce à ces mesures, les ventes de voitures électriques ont atteint 12,5% du total des immatriculations en 2014. Ce succès a alors poussé en 2016 les autorités a densifier le réseau de bornes de rechargement afin que chaque usager puisse au moins en trouver une tous les cinquante kilomètres.

Dans la continuité de cette vague électrique, l’année 2018 a vu la part de voitures zéro émission franchir le cap des 30% du total des immatriculations. S’il on rajoute à ce chiffre celui des véhicules hybrides rechargeables, on arrive à un résultat de près de 50%. Dans le match des constructeurs, trois marques réalisent les meilleures ventes, avec dans l’ordre des exemplaires les plus vendus, la Nissan Leaf, la Volkswagen Golf et la BMW i3. Arrivent ensuite des modèles tels que la Renault Zoé ou la Tesla.

Le but de la Norvège est d’arrêter la commercialisation de voitures émettant du CO2 d’ici 2025 à 2030. En revanche, la fin de l’exemption de TVA est prévue en 2020. Victime de son succès, la voiture électrique a dépassé les attentes du gouvernement en les devançant de deux ans. Par conséquent, les avantages accordés sont en révision afin d’équilibrer le soutien financier assuré par l’Etat. Le nouveau défi est désormais de continuer à faire progresser les ventes de véhicules électriques malgré la fin programmée de certains bonus.

En comparaison avec la France, les voitures zéro émission ne constituent que 2% des immatriculations tandis que l’arrêt à la vente des véhicules thermiques n’est prévue qu’en 2040. Il existe cependant plus de bornes de recharge qu’en Norvège, mais proportionnellement à la superficie du pays et au nombre d’habitants, elles restent moins fréquentes. Il est facile de se rendre compte de la différence entre les deux pays simplement en se promenant dans les rues des villes : s’il est un exploit de voir une voiture électrique en une semaine en France, il serait étrange de ne pas en croiser une seule en une journée en Norvège. On peut même rencontrer de drôles de petites voitures, typiquement norvégiennes.

Ces quadricycles répondent au nom de Buddy et sont, pour l’instant, uniquement en vente en Norvège depuis le rachat d’une marque danoise vingt ans plus tôt. Sur le marché dès 2007, elles représentaient à l’époque 20% des voitures électriques. Construites dans une usine de la banlieue d’Oslo, ce sont des citadines qui ne subissent toutefois aucune restriction quant aux routes où elles peuvent circuler et nécessitent l’obtention du permis de conduire. Aujourd’hui, elles demeurent les voitures électriques les moins chères et sont environ un millier en circulation en Norvège. Souvent colorées ou ornées de motifs, elles se remarquent aisément parmi leurs homologues à quatre roues. Leur commercialisation à l’international est toujours dans les plans du constructeur.

Mais les projets de l’électrique ne se contentent pas aux véhicules particuliers. Des utilitaires et aussi des camions zéro émission font leur entrée petit à petit sur les routes. Par exemple, la Norvège a été un des premiers pays à faire officiellement une commande de camions électriques au géant américain Tesla. Par le biais de la compagnie de livraison ASKO, dix Tesla Semi devraient arriver en 2020 et ainsi réaliser les premiers transports de marchandises 100% électriques en Europe.

Le transport maritime se met lui aussi à l’électrique avec les premiers essais de bateaux autonomes à énergie verte. Dans le fjord de Trondheim, au centre du pays, de petits navires de marchandises sans pilote assurent le transfert de biens entre le port principal de Trondheim et les petits ports du fjord. Guidés depuis la terre ferme, ils évitent de mobiliser des camions pour relier le port aux autres villes et engendrent moins de coûts que les gros bateaux.

Enfin, des vols de courtes distances à propulsion électrique ont également été annoncés dans un futur proche. Depuis le succès de l’expédition Solar Impulse et des prototypes d’avions zéro émission, des investisseurs norvégiens se sont déjà portés candidats à l’exploitation de vols électriques, d’abord pour des liaisons intérieures avant une éventuelle extension.

Grâce à une électricité produite à 98% par la technologie hydroélectrique, la Norvège mise sur une mobilité des personnes et des biens sans aucune émission de gaz à effet de serre sur l’ensemble du processus. Considérée comme avant-gardiste dans le domaine de la protection de l’environnement et du développement durable, elle désire servir de modèle quant à l’utilisation des énergies vertes avec des objectifs ambitieux. Ainsi, elle permet aux technologies propres de se réinventer et de pousser toujours un peu plus loin les limites du possible.

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