Il y a des fjords sur presque tout le littoral de la Norvège, lequel s’étire sur près de 2 500 km du Nord au Sud. Mais si l’on prend en compte ses innombrables découpages, formés d’îles, de caps et de baies, ce chiffre atteint plus de 100 000 km, ce qui en fait le deuxième plus long littoral au monde. En revanche, ce que l’on appelle la région des fjords se cantonne à l’Ouest de la Norvège, dans les comtés de Møre og Romsdal, Vestland et Rogaland. C’est ici que se trouvent les fjords les plus grands et les plus beaux du pays… Et du monde.
Mais avant tout, qu’est-ce qu’un fjord ? Les fjords ont commencé à se former en Scandinavie il y a environ 10 000 ans, à la fin de la dernière ère glaciaire. Le Nord de l’Europe était alors entièrement recouvert par une calotte glaciaire, qui s’est lentement retirée sous l’effet d’un réchauffement du climat. Pendant des milliers d’années, la glace, qui, par ses mouvements de glissement, a usé la roche sur laquelle elle était posée, a laissé place à des vallées étroites et profondes. En même temps, les glaciers ayant fondu, d’immenses quantités d’eau se sont déversées dans la mer, laquelle s’est ensuite engouffrée dans ces vallées. Ainsi envahies par la mer, elles sont devenues des fjords.
Par la suite, une flore et une faune nouvelles s’y sont développées, tant sous la surface de la mer que sur la terre. Puis, des populations humaines s’y sont installées, attirées par les ressources que les fjords leur assuraient. Si le mot « fjord » est d’origine scandinave et illustre parfaitement les paysages de la Norvège, il en existe aussi en Ecosse, au Chili ou en Nouvelle-Zélande.
En Norvège, les fjords les plus importants se trouvent à l’Ouest du pays. Le plus grand, le Sognefjord, s’étire sur 204 km de long et est profond au maximum de 1 308 m. Situé dans l’ancien comté de Sogn og Fjordane (désormais comté de Vestland), il accompagne les eaux de l’océan Atlantique du Nord de Bergen jusqu’aux pieds des montagnes du Jotunheim, lesquelles atteignent les 2 469 m d’altitude. Le deuxième fjord le plus long est le Hardangerfjord avec 179 km. S’étendant au Sud de Bergen, il borde le plateau du Hardanger, qui s’élève au-delà des 1 000 m et recouvre près de 8 000 km².
Toujours dans le comté de Vestland, le Nordfjord est long d’environ 106 km. Un peu plus au Nord, dans le comté de Møre og Romsdal, on trouve, entre autres, le Storfjord, dont une des ramifications, le fjord de Geiranger, est un des fjords les plus célèbres et les plus visités. A l’opposé, au Sud, dans le comté de Rogaland, le Lysefjord est mondialement renommé pour ses falaises impressionnantes, dont celle de Preikestolen et ses 604 m de haut.
Inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco, les fjords de Norvège sont des chefs d’œuvre de la nature, ainsi que des écrins au riche héritage culturel et historique. Ils abritent de nombreux villes et villages, lesquels partagent une longue histoire liant les hommes aux fjords.

Dans le comté de Møre og Romsdal, près de la ville de Molde, le village d’Angvik se situe sur la rive Ouest du Tingvollfjord. Dès le XVIIe siècle, des navires hollandais y accostaient pour s’approvisionner en bois. Les fjords norvégiens font en effet office d’excellents ports de commerce, pouvant accueillir de gros bateaux grâce à leur profondeur. Les ports se situent généralement au bout des fjords, au creux de baies ou bien sur des péninsules, là où un relief favorable permet l’établissement de villes et de villages. De plus, les fjords sont à l’abri des tempêtes et connectés au reste du pays par des routes. Les marchandises peuvent ainsi être acheminées jusqu’aux ports avant d’être embarquées et exportées par la mer.
Le village d’Angvik ne dépare pas à la norme et s’étend sur les rives d’une crique. Il est aussi le berceau d’une famille ayant compté énormément dans l’histoire récente de la région : la famille Angvik. Entre la fin du XIXe et le début du XXe siècles, John et Gurianna Angvik, un couple de commerçants installé dans le village du même nom, donne naissance à quatorze enfants, dont douze deviennent des entrepreneurs dans des domaines différents. Chaque garçon et fille ouvre un commerce ou crée une entreprise distincte, soit au village d’Angvik et ses environs, soit dans la ville de Kristiansund. Ainsi, se créent une usine de mobilier, une centrale électrique, une épicerie, une boutique de textiles, une concession automobile, un commerce de fourrure, une compagnie de ferries, une scierie ou encore un bureau de poste. Aujourd’hui, l’usine de mobilier existe toujours, tandis que la famille gère aussi un hôtel (Angvik Gamle Handelssted), où un musée retrace son histoire. Le complexe hôtelier possède également un spa, un restaurant, des salles de réception pour divers évènements et une galerie d’art.
Enfin, non loin du village, se trouve une ferme de saumons. Les fjords norvégiens sont des lieux propices à l’élevage de saumons et le pays en est le premier producteur au monde avec plus d’un million de tonnes, exportées dans le monde entier. Cependant, cet élevage n’est pas sans conséquence sur l’environnement, notamment à cause de déchets qui se déposent au fond de l’eau ou de l’utilisation d’antibiotiques pour traiter certaines maladies. Des efforts ont toutefois été réalisés pour améliorer les conditions d’élevage et le respect de l’environnement. En revanche, les fjords regorgent de poissons sauvages, comme le lieu, la morue ou le saumon sauvage, et font le bonheur des pêcheurs.






Quant à la ville de Molde, peuplée d’un peu plus de 30 000 habitants, elle est le centre administratif du comté de Møre og Romsdal. Située sur la rive Nord du Romsdalsfjord, elle est entourée de montagnes et fait face à plusieurs îles, dont celle de Veøya. Cette petite île était, à l’époque viking, un port marchand contrôlant la route commerciale qui menait jusqu’à Åndalsnes, au bout du Romsdalsfjord. De là, on pouvait rejoindre par la terre des villes importantes du pays, telles que Trondheim.
Par la suite, au début du XVIIe siècle, la ville de Molde s’est développée grâce au commerce du bois, mais surtout à la pêche au hareng, qui a fait la fortune et la notoriété de la ville. Son emblème représente d’ailleurs une baleine chassant un tonneau de harengs. C’est une référence au fait que la présence de baleines dans le fjord indiquait que la saison de la pêche au hareng était venue, mais aussi à la famine de 1740, évitée grâce à ce précieux poisson.
A partir du XIXe siècle, la ville est devenue une destination touristique prisée, ayant entre autres accueilli l’empereur allemand Guillaume II, qui allait ensuite faire reconstruire la ville voisine d’Ålesund, détruite par un incendie en 1904. C’est de ce temps que lui vient son surnom de Rosenes by, soit la « Ville des roses », en l’honneur de ses nombreux pavillons et villas fleuris. Malheureusement, en 1916, un incendie a ravagé près d’une tiers de la ville et plusieurs villas sont parties en fumée.
Après l’incendie, Molde a commencé à s’industrialiser et de nombreuses entreprises et usines se sont implantées sur sa commune. On y fabrique, par exemple, des hélices de bateau ou du matériel pour construire des plateformes pétrolières. Culturellement, la ville est aussi très dynamique et organise tous les ans des festivals de musique dans des genres très variés. De plus, elle décerne chaque mois d’août depuis 1992 le Prix Bjørnson, un prix littéraire international, créé en hommage à l’auteur Bjørnstjerne Bjørnson. Ce dernier, qui a vécu son enfance dans la région de Molde, a reçu le Prix Nobel de littérature en 1903 et écrit les paroles de l’hymne norvégien.
Enfin, le comté de Møre og Romsdal est également le lieu de deux autres sites touristiques très célèbres : la route de l’Atlantique (Atlanterhavsveien) et le chemin du Troll (Trollstigen). La première est une portion de route, longue de 8,3 km, construite sur plusieurs îlots et dotée de sept ponts, au Sud de Kristiansund. Elle traverse un bras de mer, longeant d’un côté l’océan Atlantique et franchissant de l’autre le Kornstadfjord.
Quant au Trollstigen, c’est une route de montagne reliant Åndalsnes à Valldal. Tronçon de la route 63, le chemin du Troll serpente sur onze virages en épingle et présente un pourcentage moyen de 9%. Le panorama offert au sommet est un des plus beaux de Norvège. Comme la route de l’Atlantique, il peut être parcouru en voiture ou à vélo.




Cependant, un des plus beaux villages de la région des fjords est sans nul doute Balestrand. Situé au cœur du Sognefjord et niché sur sa rive Nord, il est remarquable pour ses magnifiques maisons à l’architecture unique et aux jardins fleuris. Certaines d’entre elles sont aujourd’hui des résidences d’artistes. Construites pour la plupart entre la fin du XIXe et le début du XXe siècles, elles s’inscrivent dans le mouvement national romantique, une pensée artistique qui exhalait l’identité norvégienne, alors que le pays était encore rattaché à la Suède. Le style particulier des maisons porte le nom de dragestil, soit « style dragon », en référence à leurs ornementations en bois qui rappellent ces créatures imaginaires. Ces dragons sont directement inspirés des sculptures que l’on retrouve sur le toit des églises en bois debout, qui datent de la fin de l’époque viking.
L’église St. Olaf, qui trône au centre du village, en est d’ailleurs une réplique. C’est une petite église anglicane, érigée en 1897 par Knut Kvikne en hommage à son épouse britannique, Margaret Green, une alpiniste décédée de la tuberculose trois ans plus tôt. Construite en bois, elle reprend tous les codes des églises en bois debout traditionnelles, dont les fameuses têtes de dragon.
Parmi les autres bâtiments emblématiques de Balestrand figure l’hôtel Kvikne. Cet hôtel, construit au début du XXe siècle, est dans un style suisse et s’inspire des chalets alpins. A sa livraison, en 1913, il était le plus grand édifice en bois de Norvège. Le village, qui est depuis le XIXe siècle une destination touristique très appréciée, compte parmi ses visiteurs les plus prestigieux l’empereur Guillaume II. Celui-ci passait régulièrement tous ses étés sur son yacht dans les fjords norvégiens, où il faisait halte à Balestrand. C’est même alors qu’il était ici en villégiature, chez son ami le peintre Hans Dahl, qu’il a appris, le 25 juillet 1914, que la Première Guerre mondiale allait éclater et entraîner l’Allemagne dans le conflit.
Auparavant, le Kaiser avait offert au village une sculpture du roi Bele, inaugurée en 1913 sur la colline de Balehaugen, une ancienne tombe viking. Le roi Bele est un personnage légendaire qui aurait vécu au IXe siècle à Balestrand et à qui il a donné son nom. Il est cité dans la saga de Fridtjov l’Intrépide (Fridtjov den frøkne), écrite en Islande au XIVe siècle, en tant que père d’Ingebjørg, la jeune femme dont le héros est amoureux. Alors qu’elle est promise par ses frères au vieux roi Ring de Ringerike, Fridtjov se met au service de ce dernier afin de gagner sa confiance et conquérir sa bien-aimée après la mort du roi. Cette légende viking était la préférée de l’empereur, grand amateur de mythologie nordique et de contes scandinaves.








Aussi, à Balestrand, comme tout au long du Sognefjord, on cultive des arbres fruitiers, en particulier des pommiers et des pruniers. Les vergers sont souvent plantés sur des coteaux, parfois très pentus, à l’instar des vignes, où ils font face au fjord. Une cidrerie et un atelier de transformation des fruits sont d’ailleurs installés dans le village et leurs produits sont renommés dans tout le pays.
Enfin, Balestrand est le point de départ de plusieurs chemins de randonnée, lesquels partent du niveau de la mer et grimpent jusqu’à plus de 1000 m d’altitude. Ainsi, depuis le sommet de Tjugatoten, à 1 096 m de haut, on jouit d’un panorama unique sur le Sognefjord et les montagnes alentour.




A Vik i Sogn, sur la rive Sud du Sognefjord, face à Balestrand, se trouve l’église en bois debout de Hopperstad, une des quatre églises de ce type dans la région avec celles de Kaupanger, d’Urnes et de Borgund. Ces églises, appelées stavkirke en norvégien, ont été érigées dès la fin de l’époque des Vikings, lorsque ceux-ci se sont convertis au christianisme et ont importé cette nouvelle religion en Scandinavie. Elles doivent leur nom à leur technique de construction, qui consistait à dresser de grands poteaux en bois comme support de la structure. Elles ont également la particularité d’être enduites de goudron et ornées de dragons et de gravures inspirées de la mythologie nordique.
Mais après la construction de nouvelles églises en pierre puis la Réforme protestante au XVIe siècle, la plupart des églises en bois debout a été détruite et leur mobilier sacré déplacé vers d’autres lieux de culte. Certaines de leurs pièces ont même pu être utilisées à la construction d’autres édifices tout à fait profanes comme des granges. D’autres ont été abandonnées et sont tombées en ruines. On estime qu’il en existait plus d’une centaine en Norvège. Aujourd’hui, il en reste vingt-huit, lesquelles bénéficient de programmes de conservation.
Celle de Hopperstad date de 1130, ce qui en fait une des plus anciennes encore visibles en Norvège. Reposant sur un soubassement de pierres, elle a évité le contact avec l’humidité du sol et ainsi pu résister au temps. Cependant, son état général était inquiétant, et en 1880, l’Association pour la Sauvegarde des Monuments Historiques (Fortidsminneforeningen) l’a acheté pour 600 couronnes et confié sa restauration à l’architecte Peter Andreas Blix. Celle-ci n’a été achevée qu’en 1979.
Dans l’église, les piliers de bois mesurent huit mètres de haut et soutiennent toute la structure. Au-dessus d’eux, la charpente est conçue comme une coque de bateau. Elle a été entièrement refaite par Blix lors de la restauration. Aussi, l’église dispose de galeries qui font le tour des murs extérieurs, tandis que sous son plancher, plusieurs personnes ont été enterrées, dont la femme d’un colonel, Johanna Elisabethe von Holstein, décédée en 1738.
Au niveau du portail d’entrée, des dragons et des rangées de feuillage enlacés ont été gravés. Devant le chœur, deux baldaquins datant du XIVe siècle et peints de motifs religieux étaient présents. Aujourd’hui, seul celui de gauche est encore en place. On y voit des illustrations des premières années de la vie du Christ. Quant à l’autel, il affiche une table de catéchisme construite vraisemblablement en 1621. Enfin, sur les murs et les piliers, des inscriptions runiques, c’est-à-dire écrites dans l’alphabet nordique ancien, expriment des vœux pieux. D’autres graffitis représentent des figures humaines, des poissons, des bateaux et divers symboles.




La région du Sognefjord est aussi le cadre de plusieurs sites remarquables, tels que le Nærøyfjord. Branche du Sognefjord, ce fjord est long de 17 km mais seulement large de 250 m à son passage le plus étroit. Quant aux montagnes qui l’entourent, elles atteignent les 1 700 m d’altitude. De plus, sur ses rives, à Gudvangen, se trouve la reconstitution du village viking de Njardarheimr. Appelé Viking Valley, ce parc à thème, animé par des comédiens en costume, plonge les visiteurs plus de mille ans dans le passé.
Un peu plus à l’Est, au bout de l’Aurlandsfjord, se situe le village de Flåm. Il est célèbre pour sa ligne de chemin de fer, la Flåmsbana, qui le relie à Myrdal, un village au milieu des montagnes, et où elle rejoint la ligne Bergen-Oslo. Construite entre 1923 et 1940, elle est longue de 20 km et développe un dénivelé positif de près de 860 m. Avec une pente moyenne de 5,5 %, elle est une des voies ferrées les plus abruptes au monde. Surtout, les paysages qu’elle traverse en font une ligne très prisée des touristes.
Enfin, au Nord du Sognefjord, s’étend le Jostedalsbreen, le glacier continental le plus grand d’Europe. D’une superficie de 458 km², il est reconnaissable à ses nombreuses langues glaciaires qui glissent le long des différentes vallées qui l’encerclent. Il culmine au maximum à 1 957 m, tandis que l’épaisseur de sa glace atteint par endroit 630 m. Il est protégé par un parc national depuis 1991. Mais comme beaucoup de glaciers dans le monde, il rétrécit du fait du réchauffement climatique.

Quant au Hardangerfjord, il s’étend au Sud-Est de Bergen et longe le plateau du Hardanger (Hardangervidda). Comme le Sognefjord, il est célèbre pour ses nombreux vergers, principalement des pommiers et des pruniers, plantés sur son rivage pentu. On y produit divers cidres, réputés dans toute la Norvège et mis à l’honneur dans la gastronomie norvégienne.
La ville la plus grande de la région, avec 4 750 habitants, est Odda, établie entre le bout du Sørfjord, un bras du Hardangerfjord, et le lac de Sandvevatnet. A partir de la fin du XIXe siècle, la ville s’est développée grâce au tourisme et a fait construire de nombreux hôtels. Une fois encore, l’empereur Guillaume II s’y arrêtait régulièrement pendant ses vacances.
Par sa suite, la ville a continué son développement en implantant sur son territoire plusieurs usines chimiques. Par leur situation, les usines établies dans les fjords peuvent être facilement ravitaillées en matières premières par des navires transportant d’immenses quantités. De même manière, elles peuvent embarquer leur production et les distribuer à grande échelle. Par exemple, l’usine la plus importante d’Odda produit du zinc et de l’acide sulfurique. Et afin d’éviter la pollution excessive des fjords, les usines norvégiennes sont soumises à des règles environnementales très strictes.
Malgré son statut de ville industrielle, Odda n’en est pas moins entourée d’une nature exceptionnelle. Sur les hauteurs du fjord de Hardanger, s’étire le Folgefonna, un glacier d’une superficie de 204 km². C’est le troisième plus grand glacier de Norvège après le Jostedalsbreen et le Svartisen, dans le Nordland. Il est formé de trois calottes glaciaires distinctes : le Søndre Folgefonna (167 km²), le Nordre Folgefonna (26 km²) et le Midtre Folgefonna (11 km²). Il s’élève jusqu’à 1 664 m d’altitude et a une épaisseur de glace de 400 m. Il fait partie du parc national de Folgefonna depuis 2005.
Un autre site remarquable de la région du Hardanger est Trolltunga, autrement dit « la Langue du troll ». Située à 1 100 m d’altitude, cette proéminence rocheuse surplombe de 700 m en contre-bas le lac de Ringedalsvatnet, sur le plateau du Hardanger. Elle doit son nom imagé à sa ressemblance avec une langue tirée. Véritable emblème de la région, elle est accessible par un chemin de randonnée très fréquenté par les touristes.
Cependant, bien d’autres sentiers mènent à des points de vue tout aussi spectaculaires mais moins bondés. Le dénivelé à avaler peut être impressionnant lorsqu’il dépasse les 1 500 m, mais la variété des paysages traversés est sensationnelle. Au gré de l’altitude, on passe d’une forêt épaisse traversée par une puissante chute d’eau à une lande verdoyante agrémentée d’arbustes, puis d’une végétation rase et dispersée à de vastes champs de pierres recouverts par endroits de neiges éternelles. Enfin, au point le plus haut, on distingue le glacier, sur lequel, parfois, les vents soulèvent les cristaux de glace et brouillent l’horizon. Quant au panorama, il domine le fjord et les montagnes sur plusieurs kilomètres.







La région des fjords est une autre Norvège. Elle est vraisemblablement la Norvège la plus connue, la plus visitée, mais elle diffère du reste du pays. Le clivage culturel se faisant majoritairement sur l’axe Est-Ouest, la Norvège des fjords, dominée par Bergen, s’oppose à la Norvège de l’Est, influencée par Oslo. Les gens n’ont pas le même tempérament, les traditions divergent et la langue et l’accent sont différents. Car ici, on parle le nynorsk, une variante du norvégien issue de dialectes, tandis qu’à l’Est, on parle le bokmål, une forme née du danois. Aussi, la nature, les paysages et la météo ne se ressemblent pas. Le temps, plus pluvieux, souvent changeant et imprévisible, est peut-être plus difficile à appréhender qu’ailleurs, mais il magnifie cette terre sculptée par les âges par une dramaturgie mystique dictée par les nuages.



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