Les îles Lofoten sont un archipel du Nord de la Norvège, situé en bordure de l’océan Atlantique et dépendant du comté de Nordland. Elles dessinent une bande étroite, longue de près de 150 km, s’étendant à partir du continent telle une diagonale en direction du Sud-Ouest. Elles sont séparées du reste du continent par le bras de mer du Vestfjord et sont voisines des îles Vesterålen, situées plus au Nord. Elles sont composées de cinq îles principales (Austvågøya, Gimsøya, Vestvågøya, Flakstadøya et Moskenesøya), lesquelles se suivent les unes les autres comme les perles d’un chapelet et dont la route E10, qui les traverse, serait le fil. Auxquelles s’ajoutent encore deux petits archipels isolés : Værøy et Røst. Formant un relief accidenté, les montagnes des Lofoten sont de plus en plus escarpées au fur et à mesure que l’on descend vers leur pointe. Les paysages y sont ainsi spectaculaires et uniques au monde.
Si l’origine du nom Lofoten est encore sujette à controverses, l’explication la plus courante est qu’elle dériverait du vieux norrois Lófótr, qui signifie « pied de lynx », et qui désignait à l’origine l’île de Vestvågøya. Ce nom, qui compare la forme de l’île à celle d’une patte de lynx, a ensuite été utilisé pour parler de l’ensemble de l’archipel. De plus, l’ancien nom de l’île voisine de Flakstadøya était comparable puisqu’il était Vargfótr, soit « pied de loup ».
Quant à leur délimitation par rapport aux îles Vesterålen, il y a là aussi un débat. On considère cependant que la frontière entre les deux archipels se situe sur l’île d’Austvågøya, avec au Sud-Ouest, la commune de Vågan, où se trouve Svolvær, la capitale des Lofoten, et au Nord-Est, la commune de Hadsel, dont le centre administratif est Stokmarknes, ville des Vesterålen. Par conséquent, les îles Lofoten sont le prolongement vers le Sud-Ouest des îles Vesterålen.

Malgré leur situation septentrionale, au-delà du Cercle polaire arctique, les îles Lofoten jouissent d’un climat relativement doux, avec une faible amplitude thermique tout au long de l’année. Les étés sont doux, avec des températures moyennes d’une quinzaine de dégrés, tandis qu’en hiver, le thermomètre ne descend que de quelques degrés sous le zéro. La saison hivernale est toutefois longue et accompagnée de neige, alors que le reste de l’année alterne entre périodes pluvieuses et journées ensoleillées. Ce climat océanique est dû au courant marin chaud du Gulf Stream, qui adoucit les hivers du littoral européen. De plus, grâce à leur latitude élevée, les Lofoten sont le cadre, l’été, du soleil de minuit, lorsque l’astre du jour ne se couche pas pendant plusieurs semaines, et en hiver, des aurores boréales, qui illuminent le ciel de la nuit polaire.
Ainsi, l’archipel a attiré des populations, dont quelques Samis, le peuple autochtone de Laponie, mais aussi et surtout des pêcheurs. Convoitant les eaux poissonneuses de la région, ils ont fondé sur tout le long du littoral des villes et villages, lesquels abritent aujourd’hui près de 25 000 habitants. La plus grande ville des Lofoten est Svolvær, qui compte 4 800 habitants et est considérée comme la capitale des îles. Construite sur un port naturel au pied des montagnes de l’île d’Austvågøya, elle s’est développée grâce à la pêche à la morue.
Appelée localement « skrei », la morue est pêchée de janvier à avril dans les eaux froides de l’Atlantique. Elle est ensuite étêtée, vidée et suspendue par la queue sur des séchoirs en bois, installés en extérieur. La période de séchage s’étend de février à mai, pendant laquelle la morue s’assèche et durcit, qu’importe le temps qu’il fait. Elle devient alors du stockfish, ou tørrfisk en norvégien. Cette technique ancestrale permet une meilleure conservation et préserve les nutriments, comme les omégas 3. La morue séchée peut être consommée ainsi ou bien être cuisinée. La recette norvégienne la plus célèbre à base de stockfish est le lutefisk, lors de laquelle la morue est cuite à la soude, ce qui lui prodigue une texture et un goût uniques.



La pêche, en particulier à la morue, a longtemps été la seule activité économique des îles Lofoten. Elle rythmait la vie de tous les villages. Une morue est d’ailleurs représentée sur le blason de la commune de Vågan et sous forme séchée sur celui de la commune de Vestvågøy, tandis que l’on rencontre des séchoirs dans presque toutes les localités du bord de mer. Encore aujourd’hui, la pêche est la principale source de revenus, et une grande partie des morues est exportée vers l’étranger, notamment le Portugal, l’Espagne et l’Italie. Mais avec la modernisation et l’industrialisation des techniques de pêche, beaucoup de villages de pêcheurs traditionnels se sont tournés vers le tourisme pour diversifier leurs ressources financières.
Depuis plusieurs années maintenant, les rorbuer (un rorbu au singulier), des cabanes de pêcheurs peintes en rouge, ont été transformées en petites maisons de vacances louées aux touristes. Ils sont généralement construits en partie sur des pilotis, au-dessus de l’eau, et étaient utilisés pour débarquer et entreposer le poisson, ainsi que loger temporairement les pêcheurs. Rendus obsolètes par l’apparition d’entrepôts plus grands et plus modernes, beaucoup d’entre eux ont été réhabilités et reconvertis en résidences saisonnières.




A l’époque viking, les îles Lofoten étaient déjà habitées depuis longtemps. La preuve en est avec le site archéologique de Borg, sur l’île de Vestvågøya. En 1981, Frik Harald Bjerkli, un paysan, laboure son champ avec sa nouvelle charrue. Celle-ci s’enfonce plus profondément dans le sol que l’ancien modèle et fait remonter à la surface une terre inhabituelle, presque noire. Kåre Ringstad, un archéologue amateur de passage dans la région, se précipite alors vers le laboureur et lui explique ce qui signifie cette terre : elle est caractéristique des sites archéologiques. Ringstad contacte alors l’université de Tromsø pour faire part de sa trouvaille. S’ensuit le début d’une aventure.
Dès 1982, les premières fouilles sont commencées. A partir de l’année suivante, suite aux découvertes qui y sont faites, le site attire l’intérêt des archéologues de tout le pays, puis de toute la Scandinavie et enfin du monde entier. Jusqu’en 1989, de nombreux chercheurs internationaux ont travaillé sur le site de Borg et leurs travaux n’ont fait qu’enrichir nos connaissances sur les Vikings.
Ils ont ainsi mis au jour les vestiges d’une maison ayant appartenu à des chefs vikings. Appelée « longue maison », ce bâtiment était construit comme une coque de bateau renversée et mesurait 83 m de long. Il abritait des pièces volumineuses, dont une étable, et réunissait tous les membres de la communauté dans ses parties communes. Encore aujourd’hui, il est le plus grand édifice de ce type jamais découvert en Norvège et est le témoin de la puissance des seigneurs qui l’habitaient. La maison a ensuite été reconstituée sur un site voisin, là où, depuis son inauguration en 1995, se trouve le Musée Viking de Lofotr.

Le musée retrace l’histoire du site archéologique de Borg, de sa découverte à son évolution, et plonge les visiteurs au temps des Vikings grâce à ses reconstitutions de bâtiments, d’objets et même de repas traditionnels. On peut rencontrer des animateurs en costumes d’époque, s’essayer au tir à l’arc et au lancer de hache et embarquer sur le Vargfotr, une réplique du bateau viking de Gokstad, exhumé d’un tumulus en 1880. Un peu plus petit que l’original, il supplée le Lofotr, une copie grandeur nature. Il est amarré dans une baie, connectée à la mer par le fjord de Borg.
Le musée expose également de nombreux objets retrouvés lors des fouilles, comme divers outils du quotidien (clefs, peignes, aiguilles à coudre, pierres à affuter…), des armes, des bijoux, des épingles à vêtement ou des pièces de métier à tisser. On peut également admirer des gullgubber, de petites amulettes en or, d’un à deux centimètres carrés, représentant souvent des figures humaines, notamment des couples. Ils étaient certainement des offrandes faites aux dieux et étaient dissimulés dans les pièces les plus importantes de la maison. Ils symbolisaient le foyer et l’union sacrée du mariage. La plupart sont datés d’avant ou du début de l’époque viking.
D’autres objets ont également été datés des siècles précédant l’avènement des Vikings, ce qui laisse penser que la région accueillait déjà des populations durant cette période. On sait aussi que de nombreux bijoux ont été importés de l’étranger, comme ceux fabriqués en jais, une pierre noire et brillante très rare en Norvège.
Enfin, on apprend que le dernier seigneur de Borg était Olaf Tvennumbruni, un chef viking ayant vécu à la fin du IXe siècle. Il régnait sur le Hålogaland, une région historique qui englobait une grande partie de la Norvège du Nord. Les Vikings des Lofoten étaient ainsi les plus puissants de la région. Ils concurrençaient même ceux du Sud grâce au commerce des ressources de l’Arctique (poissons, fourrures, ivoire de morse…) et à l’impôt collecté auprès des Samis. Mais alors que le roi Harald Ier, dit à la Belle Chevelure, unifiait la Norvège en un seul royaume, Olaf a préféré s’exiler vers l’Islande plutôt que se soumettre à un nouveau seigneur. Son nom est d’ailleurs cité dans le Landnámabók, ou « Livre de la colonisation », un recueil des XIIe et XIIIe siècles relatant la colonisation de l’Islande par des Vikings norvégiens. A partir de ce moment, la seigneurie de Borg a commencé à décliner, jusqu’à être abandonnée au cours du Xe siècle.






Au-delà de leur histoire, les îles Lofoten sont avant tout remarquables pour leur nature et leurs paysages exceptionnels. Elles sont en grande partie formées par des montagnes émergeant de l’océan, recouvertes de landes verdoyantes et de quelques forêts. Leurs crêtes dentelées et dénudées révèlent une roche sombre, sculptée par l’action millénaire des anciens glaciers. Tandis que la côte, très découpée, est parcourue de fjords et de criques.
Certaines de ces baies sont célèbres pour abriter des plages de sable fin et blanc, comme on pourrait en voir sous des latitudes plus tropicales. Par exemple, la plage de Ramberg, située au Nord de l’île de Flakstadøya, est une des plus longues et larges de l’archipel. Tout près, sur une autre plage, se situe même un spot de surf, où les amateurs de glisse de tous niveaux viennent dompter les vagues.




Quant à la page de Haukland, sur l’île de Vestvågøya, elle pousse la comparaison avec ses lointaines et chaudes homologues jusqu’à être bordée par une eau turquoise. Enfin, un peu plus loin, la plage d’Uttakeiv se distingue par ses énormes rochers en guise de galets.

Puis c’est en s’aventurant vers la pointe des Lofoten, sur l’île de Moskenesøya, que les montagnes deviennent de plus en plus étroites, tels des murs de granite se dressant au milieu de la mer. Les villages de pêcheurs qui s’y sont établis s’accrochent aux rochers, juste au-dessus de l’eau, occupant une mince bande de terre, coincée entre les montagnes et l’océan. Certains villages sont même bâtis sur des presqu’îles ou des îlots. Comme celui de Reine, situé sur une péninsule, à l’entrée d’un fjord. Il s’y forme un petit chapelet d’îles s’étirant d’un bord à l’autre du fjord et reliées entre elles par la route E10. Outre Reine, on trouve les îles d’Andøy, de Sakrisøya, d’Olenilsøya et de Toppøya et la presqu’île de Hamnøya.
Les villages du fjord du Reine sont typiques des Lofoten, avec leurs petites maisons de pêcheurs rouges (les rorbuer), construites les pieds dans l’eau. Entourés par des sommets escarpés d’un côté et par la mer de l’autre, ils offrent des panoramas tous aussi extraordinaires les uns que les autres, dignes de cartes postales.







Au bout de la route E10, se trouve enfin le dernier village des Lofoten : Å. Parfois encore appelé Å i Lofoten, pour le différencier des autres localités du même nom en Norvège, il est autant célèbre pour son nom très court que pour ses points de vue uniques au monde. D’ailleurs, le mot « å », qui lui donne son nom et se prononce « ô », désigne un petit court d’eau. Ce ruisseau est celui qui coule depuis le lac d’Ågvatnet jusqu’à la mer et traverse le village.
En plus de pouvoir loger dans un rorbu ou de randonner sur les sentiers qui en partent, on peut visiter le Musée norvégien des villages de pêcheurs (Norsk Fiskeværmuseum) et le Musée de la morue séchée (Tørrfiskmuseum). Ceux-ci retracent l’histoire de la pêche en Norvège et dans les Lofoten, ainsi que celle du stockfish, à travers des reconstitutions et des expositions.




En réalité, bien qu’Å soit le dernier village des Lofoten, celui-ci n’est pas situé à l’extrémité de l’archipel. Les montagnes continuent de surgir de l’océan sur encore plusieurs kilomètres. Cette vaste zone, qui comprend tout le littoral occidental de l’île de Moskenesøya, dépend du parc national de Lofotodden. Créé en 2018, il couvre 99 km² et comprend la chaîne de montagnes de Lofotveggen, soit « le Mur des Lofoten », qui culmine en son point le plus haut à 1 029 m d’altitude (Hermanndalstinden). C’est aussi une réserve pour la biodiversité, notamment des espèces d’oiseaux comme le guillemot, le cormoran huppé et le goéland cendré. Et comme partout en Norvège, il est possible d’y randonner, sans oublier de s’en tenir aux règles de respect de la nature.
Les Lofoten sont comme un monde à part de la Norvège, avec leurs paysages et leurs villages sans pareil. Ce sont aussi une des régions les plus visitées du pays, tant leur beauté, vantée dans le monde entier, attire de nombreux curieux. On y vit une expérience unique, celle de la rencontre des montagnes et de la mer, celle d’une terre domptée par les marins.



























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